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Gadafi à Paris ... 12


La suite de la politicomédie en vers et contre tout signée Claude Feder.

Résumé des scènes précédentes : Sganeron, majordome de Nicolas Sara-Cosi, coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean de Latran, est démasqué par Océane, gendarme de faction à l’Elysée : c’est un agent de la DST infiltré pour surveiller le chef de l’Etat. Mais l’appel des sens les unit immédiatement.

Le coprince vit à l’Elysée avec deux femmes : Cécilina et Carlotta. Seule la première est connue à l'extérieur, Carlotta se pliant à la clandestinité pour tromper son monde. De leur côté, affairistes, opposants, ministres et conseillers complotent et déblatèrent, espérant tirer parti de la présence du Lybien. Ce dernier, entouré des Tigresses, ses gardiennes du corps, est en visite à Paris avec comme seul objectif de récupérer Carlotta, si besoin par la force.

Caroline Schpountz, marchande de canons, s'attache les services de Sganeron et Océane pour enlever Cécilina et faire chanter le coprince. Mais, sitôt mis en oeuvre, ce complot vient mystérieusement échouer avec la disparition de Carlotta. Pendant ce temps, le coprince se prépare à la rencontre difficile avec Gadafi. Leur première entrevue tourne mal, d'autant que Cécilina apparaît soudain pour menacer tout le monde de son monumental pistolet.

Moment de détente avec un entracte chanté.



Gadafi à Paris ... 12
Acte trois


Scène 1


Marjolaine Ducal (leadeuse de l'opposition), Eglantin d’Esprit et Philippe Perron (journalistes) puis Roland des Bris (président de l'assemblée sénatoriale)


Eglantin

Alors, déesse altière de la classe ouvrière,
Pourfendeuse des notables et des dessous de table,
Que dites vous des fastes réservés à ces castes ?

Marjolaine

Le peuple est méprisé, la France est humiliée.
Je pense aux prisonniers, à tous les estropiés,
Qui croupissent dans des geôles pour eux ce n’est pas drôle.

Philippe

Pour vous le boycott serait un antidote ?

Marjolaine

C’est vrai qu’il a la cote si j’en crois toutes les notes
Faites par mes conseillers ultra-spécialisés.

Eglantin

On ne vous verra pas au dîner de gala ?

Marjolaine

Non, je n’ai pas dit ça.
J’arborerai plutôt, sur un large chapeau,
Un badge de soutien aux résistants lybiens.

(Elle sort un chapeau ridicule et le pose sur la tête.)

Philippe

Ainsi, ce couvre-chef sera votre défi,
Votre message bref au vilain Gadafi ?

Eglantin

C’est un expert en com’ qui vous l’a suggéré ?

Marjolaine

C’est un gars des Dom-Tom qui l’avait inventé
Et me l’a refourgué lors d’une audience privée.

Eglantin

Avez-vous des infos sur ce qu’il trame là-haut,
Le méga mégalo qui vous mène en bateau ?

Marjolaine

J’ai des indiscrétions que je vous livre en « off ».
Les petits : pas question de me prendre pour un beauf.
Qui trahit ma confiance n’a plus mon indulgence.

Philippe (goguenard)

Allez-y Marjolaine nous sommes hors d’haleine.

Marjolaine

Gadafi sur son fait à des tonnes de dossiers
Et il le fait chanter.
Le coprince fit porter à ce pauvre des Bris
Un énorme bibi à pousser les hauts cris.
Il s’agissait bien sûr de porno d’une nature
A faire trembler les durs et se pâmer les purs.

Eglantin

Cette histoire de catins déguisées en larbins ?
Tout Paris sait très bien qu’il n’en fut jamais rien
Et que lesdits clichés sitôt récupérés
Firent rire le chanoine de sa supercherie.

Marjolaine

Ces catins étaient encore gamins !

Philippe

C’était une foutaise montée pour quelque pèze
Par une triste officine qui trafique les bobines

Marjolaine

J’ai aussi autre chose, bien plus saignant les gars,
Et si jamais j’en cause vous n’en reviendrez pas.

Eglantin

Et bien ose Marjolaine, exprime toi sans haine !

Philippe (à Eglantin)

Pour prendre cet air féroce, c’est qu’elle tient un nonos.

Marjolaine

C’est de Cécilina qu’il s’agit cette fois.

Philippe

Si c’est sur leur pacsage qu’il faut se retourner,
Ou leur futur mariage qu’il faudrait annoncer,
Un bisou, une image qu’il faudrait publier,
Vous savez, vu votre âge, que c’est plus mon métier.

Marjolaine

Il s’agit de plus grave que vous l’imaginez.

Eglantin (ironique)

Je brûle de savoir vos secrets de boudoir.

Marjolaine

La pauvresse est atteinte d’un mal terrifiant !
Son esprit se dédouble en de nombreux moments,
Son attitude est trouble et son comportement
Varie à tout instant.

Eglantin (soudain intéressé)

Mais encore, perd-t-elle vraiment le nord ?

Philippe

A-t-elle des vapeurs qui font craindre un malheur ?

Marjolaine

Souvent le personnel la voit changer de style.
Elle se tient solennelle puis devient femme fragile.
La voici dans une pièce raide comme un passe-lacet.
La voilà dans une autre beaucoup moins cadenassée.

Eglantin

Cela est anodin et frappe tout un chacun.

Marjolaine

On lui pose des questions sur ce qu’elle vient de faire,
Elle reste comme deux ronds et lève les yeux en l’air.

Philippe

La fatigue sans doute est ce qui la déroute.

Marjolaine

Elle change de tenue à chaque aller et venue.

Eglantin

Tous les grands couturiers sont là pour l’habiller.

Marjolaine

Elle commande deux repas et plus encore de plats
Et elle ne grossit pas.

Philippe (à Eglantin avec un sourire)

Est-ce de l’anorexie ou de la jalousie ?

Marjolaine

De la schizophrénie !
C’est comme ça que l’on dit d’après ce qu’on m’a dit.

Eglantin

Vous avez consulté une ou deux sommités proches de la faculté ?

Marjolaine

C’est tout mon comité d’experts sur la santé
Qui me l’a confirmé.

Philippe

Que faut-il en conclure, pour l’asile est-elle mûre ?

Marjolaine

Les deux sont dans ce cas, c’est bien tout le tracas.
Comme ce pauvre chanoine se pâme pour la donzelle
Sa santé est idoine, il en a des séquelles.

Eglantin

Ainsi vous seriez prête à voter l’impeachment
Si il perdait la tête parce qu’elle était démente ?

Marjolaine

J’ai déjà concocté un long communiqué
Et des certificats qui régleront son cas.
Ou bien la camisole ou bien la carmagnole !
Il aura à choisir entre fuir et mourir,
A petit feu bien sûr, entre quatre gros murs.

(Elle se frotte les mains.)

Eglantin d’Esprit

Quel type de république naîtra de ce déclic ?

Marjolaine

Elle sera héroïque.
Chacun contribuera au bien-être commun
Après un long débat conduit entre voisins.
Marjolaine sera là, évitant les faux-pas
A un peuple enthousiaste devant ce pouvoir chaste.
Les torts seront punis, les méchants seront pris
Et pour les repentis, il y aura amnistie,
A condition pour sûr qu’ils redeviennent purs.

Philippe (à Eglantin avec un clin d’œil)

Ce projet est nouveau, ce monde sera plus beau

Eglantin (idem)

La guerre des enragés contre les dérangés.

Philippe

Il reste une question et manque une solution.
Comment ferez-vous donc pour qu’il sorte de ses gonds ?

Eglantin

Il vous faudra trouver pléthore de sénateurs
Prêts à le déclarer bon pour l’équarisseur.

Marjolaine

Je tiens la botte secrète mais comme je suis discrète …

Eglantin (la main sur le cœur)

Jamais aucun murmure ne franchira ces murs.

Marjolaine (Elle se met à crier en direction d’une porte.)

Entre ici, grand des Bris, car j’ai presque tout dit !

(Entre Roland des Bris)

Philippe

Vous ici, je vous croyais au pot ?

Eglantin (à voix basse)

S’ils vont main dans la main
Ils louperont leur train.

Roland des Bris

C’est, messieurs, une question d’intérêt national
Si Marjolaine et moi voguons voile après voile.

Marjolaine

La patrie en danger nous devons la sauver.

Roland des Bris

La France est dans un sac, attend que la cornaque
Un couple de vrais cracks.

(Il prend le bras de Marjolaine qui se dégage méchamment)

Marjolaine

Quand le pilote craque
Et qu’il devient chabraque
Il faut en un clic-clac
Retrouver le tarmac.

Roland des Bris (aux deux journalistes)

Dakodak ?

Eglantin

C’est plutôt un fric-frac !

Marjolaine

Qu’importe, j’ai la gnaque !

Roland des Bris (désignant Marjolaine du doigt)

Elle cassera la baraque !

Philippe

Ou finira au lac …

Roland des Bris

Nous sommes majoritaires, nous avons fait affaire.

Marjolaine

Dès que le Gadafi sera rentré chez lui
Ce sera la censure puis après la tonsure.

Roland des Bris

La voix sénatoriale deviendra primordiale.

Marjolaine

Nous convaincrons le peuple que cette mascarade
Pour ce tripolitain fut une odieuse injure
A tous ceux qui endurent le métropolitain.

Roland des Bris

Et nous comptons sur vous pour être dans le coup.

Marjolaine

Bientôt un ministère de l’opinion publique
Sera votre vestiaire dans notre république.

Philippe

Ma foi votre offre est claire.

Eglantin (à Philippe)

Il faut qu’on délibère.

Eglantin (tirant Philippe hors de la pièce et lui parlant à voix basse)

Hors d’ici ventre à terre !


(La lumière tombe)






Samedi 4 Avril 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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