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Gadafi à Paris ... 14


La suite de la politicomédie en vers et contre tout signée Claude Feder.

Résumé des scènes précédentes : Sganeron, majordome de Nicolas Sara-Cosi, coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean de Latran, est démasqué par Océane, gendarme de faction à l’Elysée : c’est un agent de la DST infiltré pour surveiller le chef de l’Etat. Mais l’appel des sens les unit immédiatement.

Le coprince vit à l’Elysée avec deux femmes : Cécilina et Carlotta. Seule la première est connue à l'extérieur, Carlotta se pliant à la clandestinité pour tromper son monde. De leur côté, affairistes, opposants, ministres et conseillers complotent et déblatèrent, espérant tirer parti de la présence du Lybien. Ce dernier, entouré des Tigresses, ses gardiennes du corps, est en visite à Paris avec comme seul objectif de récupérer Carlotta, si besoin par la force.

Caroline Schpountz, marchande de canons, s'attache les services de Sganeron et Océane pour enlever Cécilina et faire chanter le coprince. Mais, sitôt mis en oeuvre, ce complot vient mystérieusement échouer avec la disparition de Carlotta. Pendant ce temps, le coprince se prépare à la rencontre difficile avec Gadafi. Leur première entrevue tourne mal, d'autant que Cécilina apparaît soudain pour menacer tout le monde de son monumental pistolet.

Moment de détente avec un entracte chanté. Puis l'on retrouve Marjolaine Ducal, leadeuse de l'opposition tentant de rallier les journalistes à un complot qu'elle fomente avec Roland des Bris, président de l'Assemblée sénatoriale. Pendant ce temps, Sganeron et Océane, capturés par les serveurs, en fait des agents spéciaux du coprince, sont mis à la question jusqu'à ce qu'ils acceptent d'attirer Marjolaine Ducal dans un traquenard.



Gadafi à Paris ...  14
Acte 3 Scène 3


Le salon d’apparat - Le coprince, Cécilina, Carlotta

(Ils rient)

Cécilina (au coprince)

Comment pouvais-tu croire que nous serions bonnes poires,
Et que nous tomberions dans ton attrape-couillons ?

Carlotta

Les amis, j’ai bien ri quand la petite mémé
De style carabinier s’est trouvée empaquetée !

(Elle pousse le coprince à l’épaule)

Tes agents très spéciaux ont sauté sur son dos
Et ficelé ce cadeau d’un coup d’cuillère à pot.
Elle n’a rien vu venir.

Le coprince (énigmatique)

Le pire est souvent sûr quand on joue aux gros durs.

Cécilina

J’ai eu le bon réflexe en laissant, planté là,
Mon Sganeron perplexe face à Dulcinella.
C’était le bon appât.
Quand son tour de mitard tomba sans crier gare,
Pour lui c’était trop tard !

(Ils rient de plus belle)

Carlotta (au coprince)

Comptes-tu les mettre hors-jeu ?

Le coprince

Ils sont aux oubliettes pour y purger leurs dettes

Carlotta

Mais c’est un bien grand risque, de laisser sans séquelle,
Ce homard dans sa bisque, cette morue dans son sel.

Le coprince

Que suggères-tu alors ?

Carlotta

Trois mots : peine de mort.

Cécilina

Brrr... Décidément frangine, on te vit plus clémente !

Carlotta (persuasive)

Aisément j’imagine, les dangers qu’ils présentent.

Le coprince ( à Carlotta)

Il en sera ainsi, tes désirs sont des ordres.
D’ici qu’il soit minuit, la poussière ils vont mordre.

Carlotta

Et pour le Gadafi, que nous prépares-tu ?

Le coprince

Nous l’enverrons au lit, dès lors qu’il aura bu
Un petit élixir provoquant le délire.
D’abord il sera gris puis il sera reclus.

Carlotta (vaguement inquiète)

Ton plan est de l’occire ?

Le coprince

Juste hors d’état de nuire.

Cécilina

La seule chose qui m’importe, c’est qu’il parte au plus vite.
Sa présence me fait honte et nous serons bien quittes
S’il n’emporte avec lui qu’un souvenir de cuite.

Le coprince

Vous êtes sans pareilles, des affreuses merveilles
De rouerie innocente, princesses d'éprouvante.

Carlotta (s’étirant sur le sofa)

Vrai, si je n’existais il faudrait m’éventer.

(Elle tire un éventail et le tend au coprince qui lui fait aussitôt de l’air.)

Cécilina

Il reste maintenant à guérir Gadafi de ses affreux tourments.
Il arpente sa tente, attendant des nouvelles,
De celle dont le hantent les yeux et les prunelles.

Carlotta

Je ne suis pas pressée de devoir lui parler.

Le coprince (à Carlotta, fermement)

C’était la condition pour qu’il se tienne sage.
Tout en étant grognon, accepte le message
Que, par précaution, je te tenais en cage.

Cécilina (à Carlotta)

Je reste sur ma faim et j’exige qu’enfin
A nous deux tu expliques par quelle subtile réplique
Tu parvins à casser les élans de ses reins,
A le laisser brisé et te léchant la main.

Carlotta

J’ai dit deux ou trois riens sur la taille des engins
Et sur les performances aptes à me mettre en transe.

Cécilina

Et cela a suffit pour la capilotade ?

Carlotta

J’ai peaufiné aussi un pétrifiant regard.
Quand je mate le kiki, plouf ! C’est la débandade.

(Elle rit)

Le coprince (à Carlotta)

Aurais-tu un seul jour jamais cru en l’amour ?

Carlotta (faussement ingénue)

L’amour fait un détour quand je lui dis bonjour
Et je n’ai pas le don de plaire à Cupidon.
Dès lors, je me résigne sans espérer de signe,
Sans croire en l’idéal et sans carnet de bal.

Le coprince

J’ai beau être cynique, quand j’entends ça je tique.
Ta vie n'est qu'une bataille, sans cesse tu ferrailles.
Tu ne connais qu’ennemis, traîtrises, fourbes, défis.
La tendresse, le repos, tu leur tournes le dos.

Carlotta

En goût comme en couleur, la douceur ça m’écœure.

Cécilina (caressant les cheveux de sa sœur, songeuse)

Nos parents nous aimaient
Mais ils ne s’aimaient pas.
Même si tu le sentais, tu ne l’admettais pas.
Plutôt qu’usurpatrice c’est manipulatrice
Que tu choisis pour rôle.
Je te le dis tout net, au fond tu es honnête.

Carlotta (dégageant vivement la main de Cécilina)

Ne remue pas tout ça et mets un sparadrap
Sur cette fine bouche, ne prends pas cet air louche !
Dès l’enfance, perverse, je le fus sans remords.
Les chemins de traverse, je les pris âme et corps
Aimer c’est foutre en l’air défenses immunitaires
Et sens de l’urgence.
J’ai des médicaments : pouvoir, honneurs, argent.
On vit une fois pour toutes, je n’en ai aucun doute
Et je n’ai pas de temps à gâcher en tourments.

Cécilina (haussant les épaules)

Bazar psychologique et débauche de mimiques.

(Carlotta se penche soudain vers sa sœur et l’embrasse sur la bouche)

Carlotta

Pardon, c’était un tic

(Cécilina s'essuie les lèvres et Carlotta se met à rire)

Le coprince

Puisqu’il faut vous distraire,
J’ai à vous suggérer un tout petit forfait.

Cécilina

Parle donc, ô coprince.

Le coprince

Echangez vos effets et voyons sur le fait
Quel effet ça lui fait.

Carlotta (contrariée)

C’est un peu compliqué !

Cécilina

Si un ton contrefait complète ce méfait
Il en sera défait.

(Cécilina et le coprince rient)

Carlotta (soucieuse)

Et nos grains de beauté ? Il pourrait vérifier …

Cécilina (au coprince)

Tu sais, pour la connaître, que la seule différence
Entre nos deux plastiques c’est cette infime verrue.
Le jour qui nous vit naître dans une nue jouvence,
Il y eut ce petit hic sur nos fesses charnues.

Carlotta

L’une au postérieur gauche et l’autre sur le droit,
Nous fûmes affublées de ce cercle identique
A sa position près.

Cécilina

C’est un truc infaillible pour pouvoir distinguer
Qui est Cécilina et qui est Carlotta
Et s’il nous passe au crible il ne peut le louper.

Le coprince (sortant un petit flacon et une sorte de pansement rond.)

Vous vous souciez pour rien, j’ai ici un faux grain
Et un fluide anti-cernes pour les vieilles badernes.
Enduisant d’une main la petite excroissance
Tout en un tournemain posant protubérance
Sur la deuxième partie de vos anatomies,
Je vous intervertis même pour les avertis.

Cécilina

Oooh !

Carlotta

Aaah !

Le coprince

Hé, Hé … Que la bête commence !

(Elles se déshabillent en gloussant, la lumière tombe.)

(On entend la voix du coprince)

Qu’on m’envoie Gadafi !
On n’attend plus que lui.

(Elles rient de plus belle.)





Dimanche 26 Avril 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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