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Gadafi à Paris ... 15


La suite de la politicomédie en vers et contre tout signée Claude Feder.

Résumé des scènes précédentes : Sganeron, majordome de Nicolas Sara-Cosi, coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean de Latran, est démasqué par Océane, gendarme de faction à l’Elysée : c’est un agent de la DST infiltré pour surveiller le chef de l’Etat. Mais l’appel des sens les unit immédiatement.

Le coprince vit à l’Elysée avec deux femmes : Cécilina et Carlotta. Seule la première est connue à l'extérieur, Carlotta se pliant à la clandestinité pour tromper son monde. De leur côté, affairistes, opposants, ministres et conseillers complotent et déblatèrent, espérant tirer parti de la présence du Lybien. Ce dernier, entouré des Tigresses, ses gardiennes du corps, est en visite à Paris avec comme seul objectif de récupérer Carlotta, si besoin par la force.

Caroline Schpountz, marchande de canons, s'attache les services de Sganeron et Océane pour enlever Cécilina et faire chanter le coprince. Mais, sitôt mis en oeuvre, ce complot vient mystérieusement échouer avec la disparition de Carlotta. Pendant ce temps, le coprince se prépare à la rencontre difficile avec Gadafi. Leur première entrevue tourne mal, d'autant que Cécilina apparaît soudain pour menacer tout le monde de son monumental pistolet.

Moment de détente avec un entracte chanté. Puis l'on retrouve Marjolaine Ducal, leadeuse de l'opposition tentant de rallier les journalistes à un complot qu'elle fomente avec Roland des Bris, président de l'Assemblée sénatoriale. Pendant ce temps, Sganeron et Océane, capturés par les serveurs, en fait des agents spéciaux du coprince, sont mis à la question jusqu'à ce qu'ils acceptent d'attirer Marjolaine Ducal dans un traquenard. C'est le moment que choisissent Cécilina et Carlotta, mises au courant par le coprince de l'enlèvement d'Océane et Sganeron, pour tenter de se débarrasser de Gadafi. On apprend que Carlotta a un grain de beauté sur les fesses que Cécilina n'a pas. La première décide donc de cacher le sien et la seconde de se mettre un faux grain afin d'égarer le Lybien.



Gadafi à Paris ...  15
Scène 4


Sous la tente - Colonel Gadafi, Caroline Schpountz (marchande de canons), les Tigresses


Gadafi ( à Caroline)

Quelle ténébreuse affaire, quelle terrible urgence
T’amène ventre à terre, toi qui m’inspire défiance ?
Je me souviens fort bien que tous tes équipements
A tirer dans les coins furent de piètres armements.
J’engloutis des fortunes, ça valait pas une thune.
Après maints accidents, j’en fis des brosses à dents !

Caroline Schpountz (sentencieuse)

C’est dans le dentifrice qu’on fait les bénéfices.

(Gadafi la regarde, interloqué)

Caroline Schpountz

Hmm … Pardonnez-moi Sauveur, mon esprit est ailleurs.
Je suis déconcentrée par toute la gravité
De ce que je dois dire à votre auguste sire.

Gadafi

Et bien parle maintenant
Ou je t’arrache les dents !

(Les Tigresses l’entourent.)

Caroline Schpountz (se frottant la mâchoire)

Il s’agit du chanoine et de deux jouvencelles

Gadafi

Par l’amour de Swann tu as de leurs nouvelles !?

Caroline

Des agents introduits jusqu’au pied de leurs lits
M’ont confié le secret, je n’en ai rien paumé.

Gadafi

Pourtant, ceux qui savaient ont tous été butés …

Caroline

Il y eut des rescapés et ils m’ont tuyauté.

Gadafi

Où donc est Carlotta, elle me ronge, elle m’abat ?

Caroline

Mon couple d’informateurs dans un collimateur
A dû trop s’attarder et cesser de baver.
Mais j’ai des éléments pour calmer tes tourments.

Gadafi (irrité et approchant de Caroline)

Si tu m’aides à soustraire la divine diablesse
A toi mon tiroir-caisse !

(Les Tigresses se regardent entre elles, inquiètes)

Caroline

Un de mes deux agents parvint en un instant
A poser un micro au bas d’un joli dos.

Gadafi (trépignant)

C’est bien beau mais lequel ?

Caroline

Son nom finit par « A »

Gadafi

Cela ne suffit pas !

Caroline

Et il commence par « C »

Gadafi

Cette fois c’en est assez !
Si tu le sais … tu sais.

Caroline (orgueilleuse)

Quand je dis que je dis … je dis !

Gadafi

Et alors ?

Caroline (se renfrognant)

Ma foi … tout à un prix.

Gadafi

Et quel serait le tien ?

Caroline

Cinq cents tanks à la manque
Et mille avions de chasse
Tous bons pour la fracasse.

Gadafi

Je suis un militaire et pas un milliardaire !

Caroline

Mais tu as moults banques et des pépètes en masse.
Nous dirons huit cents tanks, deux mille avions de chasse.

Aïcha (effrayée)

Sauveur, pas au prix qu’est le beurre !

Gadafi (la repoussant)

Tais-toi donc inutile, je vais mettre dans le mille.

Samia

Sauveur, c’est une vraie fortune qu’elle demande pour des prunes !

Gadafi (déchaîné)

Mon or noir, mon or jaune,
Rien ne sera trop beau
Pour récupérer celle que j’ai dans la peau.

Caroline

Signe ici ce papier
Et tu auras la clé
De la balise Argos
Dont on l’a affublée.
C’est un petit virement,
Disons, une précaution.

Gadafi

Mais qui me garantit que c’est d’elle qu’il s’agit ?

Caroline

Ce modeste équipement est doté d’un micro.
Il laisse entendre la voix de qui l’a avec soi.
Tu peux en le tournant le savoir illico.

(Il tourne un bouton et l’on entend une voix qui ressemble à celle de Carlotta)

La voix de Carlotta

Et voilà, je suis prête pour cet instant de fête.
Allez vite le chercher mon fol aventurier.

Gadafi

Par l’âme du Sahara, c’est bien ma Carlotta !
Je reconnais sa voix au milieu des larsens.
Elle n’attend plus que moi, mon sang bouille dans mes veines.

Caroline (le retenant par le bras)

Ils vont te faire mander
Mais il sera trop tôt pour agir subito.
Tu dois d’abord attendre qu’elle s’isole des autres
Et tu dois la surprendre, car sinon tu te vautres.

Gadafi (soudain plus calme)

Cela paraît risqué.

Caroline

Si tu me laisses faire, j’en ferai mon affaire.

Gadafi

Donne-moi donc cette clé !

Caroline

Signe donc ce papier !

(Elle lui tend la feuille, les Tigresses grognent, Gadafi signe nerveusement.)

Caroline (regardant le contrat, épanouie)

Cela vaut quelques smics de recruter des flics.

Gadafi (faisant un signe aux Tigresses qui ceinturent Caroline)

Caroline (menaçante, à Gadafi)

Ne joue pas au charlot : il y a un double code
Et si mon assistante ne me récupère pas,
Le micro fait rideau et c’est juste un i-pode
Qui très vite te plante et que tu n’entends pas !

Gadafi (regardant la machine et retenant ses Tigresses)

Cette femme répugnante a sans doute médité
De quoi vivre de rentes contre une clé USB.

(Il fait signe aux Tigresses de la laisser partir)

Caroline

Mes amis je vous quitte et portez-vous lybiens !

(Elle sort de scène en riant, les Tigresses enragent)

Soraya

Sauveur, je ne puis que penser
A la peine lassée de nos pauvres ouvriers
Et de nos va-nu-pieds.

Gadafi

Pourquoi crois-tu ma soeur que c’est une pyramide
Qui se dressa au coeur des villes primitives ?
En bas ils étaient tous pour qu’une chrysalide
Puisse déployer des ailes et qu’un papillon vive.
Il y eut Alexandre, Cyrus, César, Gengis.
Ils sont là à m’attendre, ce sont mes vis-à-vis.
Depuis Sumer, Ninive, il fallait que j’arrive.
Qu’enfin un roi unique domine Asie, Afrique.

(Il a le regard lointain)

Dès que ma Carlotta avec moi règnera
Nous serons invincibles, nous choisirons nos cibles
Et cette chienne infidèle nous nous occuperons d’elle !

Asma (hésitante)

Et … si … elle ne veut pas ?

Gadafi

Vous n’imaginez pas
Ce qu’elle fera pour moi.

(Il remet sa chéchia qui était de travers, la lumière tombe.)




Lundi 4 Mai 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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