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Gadafi à Paris ... 8


La suite de la politicomédie en vers et contre tout signée Claude Feder.

Résumé des scènes précédentes : Sganeron, majordome de Nicolas Sara-Cosi, coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean de Latran, est démasqué par Océane, gendarme de faction à l’Elysée : c’est un agent de la DST infiltré pour surveiller le chef de l’Etat. Mais l’appel des sens les unit immédiatement.

Le coprince vit à l’Elysée avec deux femmes : Cécilina et Carlotta. Seule la première est connue à l'extérieur, Carlotta se pliant à la clandestinité pour tromper son monde. De leur côté, affairistes, opposants, ministres et conseillers complotent et déblatèrent, espérant tirer parti de la présence du Lybien. Ce dernier, entouré des Tigresses, ses gardiennes du corps, est en visite à Paris avec comme seul objectif de récupérer Carlotta, si besoin par la force.

Caroline Schpountz, marchande de canons, s'attache les services de Sganeron et Océane pour enlever Cécilina et faire chanter le coprince.



Gadafi à Paris ... 8
Acte 2 - Scène 3


Carlotta, Cécilina, Sganeron, puis Robert, Herbert, Albert, serveurs à l’Elysée, puis Océane


Carlotta

Te voilà bien nerveux pour nous mander toutes deux.
Qu’est-ce qui te préoccupe au point qu’imprudemment
Tu alertes les dupes sur nos déguisements ?

Cécilina

Il s’en fallut de peu que tout le personnel
N’ait vent de nos affaires et n’exerce son flair
Dans notre petit jeu pas toujours rationnel.
Remuer ciel et terre met en danger nos blairs.

Sganeron

Rassurez-vous, mesdames, il n’y a point de flammes
Consumant le décor où ce public dort.

(il balaie le public de la main.)

Ce sont des ingénus que ces gens de pouvoir qui pensent tout savoir.
Mis à part le coprince et nous trois qu’il rince
Personne ne se doute et n’est sur la bonne route.

Carlotta

Dis-nous alors pourquoi tu parais aux abois ?

Sganeron

C’est vrai qu’il y a urgence car cette lybienne engeance
Médite de se venger et de vous trucider.

Cécilina (irritée)

C’est à Polichinelle qu’il faut que tu révèles
Un complot éventé qu’un crétin comprendrait !

Sganeron

L’affaire est imminente, c’est pourquoi je la vante.

Carlotta

Cela semble douteux puisque ce vieil affreux
Ne pourrait repartir après le premier tir.

Cécilina

Si malheur arrivait à ma sœur préférée
Le chanoine lui ferait rectifier le portrait
Ça, il me l’a juré.

Sganeron

Vous en êtes donc si sûre ?

Cécilina

J’ai fendu son armure.

Carlotta

Vous savez comme moi, connaissant les échecs,
Sacrifier vos défenses pour mieux tuer le roi quand il est en confiance,
Le jouer à la grec.
Cet odieux Gadafi, je le veux en bouillie.
Pour le voir réduit ici-même en charpie
J'abjurerais ma foi et prierais à la Mecque.

Cécilina (mécontente)

Carlotta tu t’emportes, de cet assassinat
Je ne veux d’aucune sorte.
Je t’aide à te venger à une condition :
Le ridiculiser sans autre munition
Que le verbe acéré et la mondovision.

Sganeron

Faites ce que vous voulez mais, de grâce, faites le bien.
Je vous y aiderai quels que soient vos desseins.
Je vous suggère un piège du plus classique effet.
L’attirer sans qu’il pige qu’on se tient aux aguets,
S’emparer peu après des femelles surarmées
Qui lui gardent le corps et donnent du réconfort.
Leur faire la totale à coup de Penthotal
Mais sans dose létale.
Les immortaliser dans un simple appareil
Puis circulariser ces films à la télé
Sous-titrés soudanais.

Cécilina

Ce plan là me va bien, je n’y changerai rien.
Convaincre le chanoine d’inviter Gadafi
Fut plus que difficile.
Rouge comme une pivoine ce fut un vrai défi
De battre de tous mes cils pour le baratiner.

Carlotta (à Cécilina)

Notre captivité l’aurais-tu oubliée ?
Il ne te prisait guère et ce fut mon malheur
De davantage lui plaire et d’être son quatre heures.

Cécilina

Allons, tu le fus tout au plus une ou deux fois par mois.
D’ailleurs, j’ai cru comprendre qu’il était assez froid
Et que quelques paroles assénées à ce drôle
Eurent très vite pour effet de le rapetisser.

Sganeron (goguenard)

Tiens donc, c’est une révélation !
C’est un être sensible et timide au possible
Cet Attila des sables ?
Ce tyran qu’on accable des vices les plus terribles serait-il paisible ?

Cécilina (badine)

Vu de loin il effraie, vu de près c’est un fait
Qu’il n’est guère dangereux.
Si on le gratte un peu, très vite, il s’esclaffe
Et nulle n’est son esclave si elle ne le veut.

(Elle regarde Carlotta avec suspicion.)

Carlotta (pinçant les lèvres)

Crois ce qui te rassure en tout cas il est mûr
Pour payer le prix fort de ses quelques transports !
J’ai donné ma parole et je ne suis pas folle.
L’idée de le flinguer, je dois y renoncer
Dans trois jours à Roissy il partira d’ici
Mais ça sent le roussi pour ses bijoux de famille.

(elle mime un geste avec une paire de ciseaux)

Sganeron (dressant l’oreille)

Parlez plus bas les filles.
Faisons un temps les morts
Car j’entends des renforts de flicaille arriver,
Ils sont des palanquées.

(Le bruit approche.)

Sganeron (à Carlotta)

Planque-toi dans l’armoire
Ou ils verront ta poire !

Carlotta

C’est un plan ridicule,
Sganeron tu es nul !

Sganeron

Cachez-vous tout de suite ou bien prenez la fuite !

(Il pousse Carlotta dans une armoire.)

Cécilina (furieuse)

Tu nous paieras très vite cette pièce de boulevard
Où nous devons jouer des rôles d’utilités.
Avant d’en être quitte tu iras au placard
Où tu pourras sécher pendant plusieurs étés.

(Entrent Robert, Herbert et Albert)

Sganeron

Ah, c’est vous ! Pourquoi rappliquez-vous ?

Herbert

Jour m’sieur jour m’dame.

Cécilina

Pourquoi tant de vacarme ?

Robert

On nous a dit d’aller vider ce rez’d’chaussée.

Cécilina (étonnée)

Qu’y a-t-il de prévu, cette pièce est peu connue ?

Hubert

C’est pour l’aut’ zigoto qui roule à chameau.

Cécilina

Soyez précis Hubert car ce patibulaire se meut en dromadaire.

Herbert (haussant les épaules)

Enfin … c’est l’Gadafi qu’a besoin d’un aut’lit.

Cécilina

Mais il a tout l’espace qu’il lui faut sous sa tente.
C’est bien mieux qu’un palace, où faut-il qu’il se plante ?

Sganeron (à Cécilina)

Le coprince doit savoir que c’est un vrai fêtard
Et il préfère l’avoir dans des lieux sombres et noirs

Cécilina (aux serveurs)

Si vous craignez mon ire, il vous faut déguerpir.

Herbert

Désolé chère madame, mais un ordre est un ordre.
Le chanoine le réclame, dussè-je mes lèvres mordre
C’est sans rien murmurer qu’il faut m’exécuter.
Nous qui sommes des loufiats peu faits pour les débats
Nous lui obéissons sans poser de questions.

(Il la repousse.)

Sganeron (intercédant)

Quel délai vous faut-il pour en changer le style ?

Herbert

Nous installons un pieu et nous ferons au mieux
Pour aller chez Mimile boire un coup bien tranquille.

Sganeron (à Cécilina)

Il me semble inutile de contrarier ce deal
Allons donc faire un tour pour entendre le discours
Que le chanoine prononce à l’arrivée en France
Du seigneur Gadafi plastronnant à Paris.

Cécilina

Il est hors de question que je vois ce morpion !

Sganeron (il fait un clin d’œil à Cécilina)

C’est sur écran géant que nous le materons.

Cécilina (à Sganeron)

Dans ce cas, partons vite et ne détournons plus
Ces gougnafiers d’élite de leur tâche assidue.

(Cécilina hausse les épaules. Ils quittent la pièce. Une autre partie de la scène s’éclaire. On voit Océane, devant son écran de contrôle.)

Océane

Ces cruches ont tout gobé.
Dès que les serviteurs finiront le labeur
Qu’on leur a inventé d’un ordre contrefait,
Avec Sganeron nous récupérerons
La pauvre Carlotta qui seule se morfond
Dans ce vrai piège à rat.
Puis nous lui ferons croire que sa Cécilina
Fut victime d’un traquenard et disparut dare-dare

(Tout à coup, l’écran se met à trembler et l’image disparaît.)

Océane

Soudain ma vue se brouille … Qu’est-ce donc que cette embrouille ?

(Elle sort un téléphone portable et compose frénétiquement un numéro.)

Océane (à elle-même)

Sganeron, tu réponds ou je sors de mes gonds !

Sganeron (à l’autre bout de la scène, décroche en tordant la bouche et en parlant bas.)

Je suis en rendez-vous.

Océane

Fais gaffe il y a un loup !

Sganeron

Je vous rappelle bientôt…

Océane

Non, tu agis aussitôt !
L’écran est mortibus et je n’y vois guère plus
Qu’au fin fond de l’anus de feu le roi Négus.

Sganeron (à Océane dans le téléphone portable toujours en tordant la bouche.)

Allez-y avant moi, vous êtes à trois pas.

Océane

Sans toi je n’irai pas !

(à Cécilina)

Chère madame, une urgence absolue me réclame.

Cécilina

De qui te moques-tu, as-tu raison perdu ?
Ma sœur est prisonnière sans boisson ni lumière
D’un placard à balais et tu disparaîtrais ?
J’y retourne de ce pas et si pépin il y a
Tu auras marqué là,

(elle lui appuie fortement sur le front)

Sentence de ton trépas !

(Ils se mettent à courir. On les retrouve dans la pièce aménagée d’un lit, les serveurs ont disparu. Ils ouvrent doucement la porte du placard.)

Cécilina et Sganeron

Oh !

Sganéron

Céane !

(On voit Océane, ligotée, en train de se débattre.)


Samedi 7 Mars 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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