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Gadafi à Paris ... la fin


L'ultime et dernière scène de la politicomédie en vers et contre tout de Claude Feder !

Avec, en bonus, le rappel des rôles, un résumé de cette extravagante histoire et le portrait officiel de l'auteur !



Gadafi à Paris ...  la fin
Scène cinquième et dernière


Gadafi

Mes chers Franzouskis, l’affaire a trop duré.
J’ai toutes les cartes en main et vous avez le reste.
Tels des zakouskis, je vais vous avaler.
A Tripoli demain je tremperai mes zestes,
Les pieds en éventail, ma belle sur mon poitrail
Car toutes les cinq minutes, je vais vous dessouder.
Du plus vieux au plus jeune, vos comptes seront réglés.
Et comme le coprince nous a fait écouter,
Mon espoir n’est pas mince de le voir rappliquer
Avec ma poupée.

(Parlant fortement en direction du sac)

Du reste pourquoi refuserait-il de la rétrocéder ?

Aïcha

Sauveur, ce plan que j’ignorais me laisse subjuguée.
Puisses-tu me pardonner
De t’avoir cru largué !

Gadafi

Sganeron n’est pas pour rien,
Mais il est né lybien.
J’ai eu une réduction sur ses prix de vaurien.

Soraya

Grand frère, ton sens des affaires est interplanétaire.
Si demain des Martiens rencontrent des Terriens
Et qu’ils veulent investir dans des propriétés,
Toi seul pourra sentir jusqu’où ils veulent aller
Pour mieux les emplumer.

Gadafi

Par qui commencerons-nous ? Des Bris ? Il est trop mou !
Et tous les projectiles ne pourraient faire de trous.
Ducal ? C’est faire plaisir à un certain chanoine,
Mieux vaut buter un âne.
Touchter ? Dès qu’il sera à terre, des tonnes de diplomates
Reviendront des Carpathes pour se mettre à quatre pattes
Et pour le remplacer.
Perron ? Esprit ?
Ce serait de beaux scoops, mais il faudrait une loupe pour en voir l’effet
Sur la longue durée.
Je ne parlerais pas de ces seconds couteaux
Dont nul ne ferait cas et n’apprécie la peau.
Autant aller au but sans perdre une minute,
C’est la Cécilina dont vient l’heure du trépas.

(Il fait un signe à Sganeron qui lève son arme, on entend soudain frapper à la porte.)

Gadafi

Qui va là ? Un homme sacré à Reims ou tout juste un coprince ?

(La porte s’ouvre et le coprince entre avec Carlotta, entouré des serveurs en armes, portant des pansements sur la tête.)

Gadafi

Et bien, mon Sganeron,
Tu fus d’un grand courage
Pour affronter la rage
De ces malabars là.
Ta fuite est un miracle,
Je te porte au pinacle.

Sganeron

Du tout, mon grand sauveur.
Ils me considéraient comme un acteur mineur
Et ils furent sidérés quand, attendant mon heure,
Je parvins à délier les deux cordes à sauter
Qu’ils avaient cru nouer autour de mes poignets
Et sur mes gros souliers.
Pour les assommer et me carapater
Ce fut un jeu d’enfant qui me prit un instant.

Gadafi

Alors, terne chanoine c’est ici que prend fin
Ton festival de Cannes de manips à tout crin.
Tout est si compliqué dans la principauté
Et les jeux de pouvoir qui te servent de miroir
Que je suis étonné que tu puisses trouver
Un sens à leur donner !

Le coprince (énervé)

Gère comme tu voudras les affaires de Lybie
Mais ne te mêle pas de celles de Paris.

Gadafi

Souvent, je me demande d’où vous vient cet orgueil.
Déjà, vos arts déco vous vous les financiez
Par le violent pillage de toutes vos colonies
Plus que par votre industrie.
Depuis, c’est le déclin et il n'y a nul frein.

Le coprince

J’ai pris les choses en main.
Dans une décennie, j’aurai tout assaini
S’il y a des insoumis à eux le pilori.

Aïcha

Si j’étais franssaoui
J’en tremblerais la nuit !

Le coprince

Je suis là pour l’échange.

Gadafi

Te voilà raisonnable.
Si je durcis le ton
On te verra affable.

Le coprince

Es-tu là, par hasard, dans l’espoir d’humilier
Le premier des Français ?

Gadafi

Ce n’est pas nécessaire, déjà tu rampes à terre.

Le coprince

Piètre provocation d’un dresseur de morpions !

Gadafi

Retire ces paroles ou je coupe ton pétrole !

Le coprince (fulminant)

Je garderais mon calme même face à un minable
Et veux bien rétracter ce qui t’a insulté.

Gadafi

Me traiter de minable, voilà sur quoi tu tables ?!

Carlotta

Cela suffit vous deux ! Chacun a ce qu’il veut
L’un ne perd pas la face, l’autre retrouve la fesse,
Procédons à l’échange et puis passons l’éponge.

Cécilina

Jamais ! Me voilà réveillée !
Mais c’est pour mon malheur
Car je vois profiler la perte de ma sœur.

Carlotta

Enfin Cécilina, quand donc comprendras-tu que mon cœur a cédé
A ce seigneur de guerre aux allures rastacouères !
Que le temps est venu d’affronter nos destins en étant séparées.

Cécilina

Il faudrait pour cela que je rompe le serment que je fis à ma mère
De veiller sur tes pas.

Carlotta

Mon esprit est très clair.
Si tu honores ma mère
Pense aussi à mon père que tu fis tant souffrir
Qu’il préféra mourir.

Cécilina

Ne remues pas cette fange, car tu n’es pas un ange
De cette nuit si sombre, tu en es la comptable
Et si j’étais moins tendre, je dirais la coupable.

Le coprince

Mesdames, il ne paraît pas bon
De laver en public ce linge nauséabond.

Carlotta (au coprince)

Tais-toi, tu veux la protéger
Car c’est ta préférée, mais ma raison est nette
Et très grande est sa dette.

Gadafi

Les filles, voyons, restez amies
Et tous pourront quitter cette scène sans trop de cris.

Schpountz

Avec quelques pépettes pour les plus fortes têtes.

Ducal

Une cohabitation dont je donnerai le ton.

Touchter

La villa Médicis pour y soigner mes vices.

Des Bris

Un beau poste à l’ONU pour y poser tout nu.

Martinet

Un plus gros ministère pour y écrire des vers

Rana

Un bureau au plus près d’un chanoine adoré dans le plus grand secret.

(Elle regarde le coprince d’un air éperdu)

Esprit

Un fauteuil au vingt heures, pour y faire mon beurre.

Perron

Une chaîne de télé pour amasser du blé.

Schpountz

Un salon au Bourget !

Cécilina

Et bien, n’y comptez pas, parce que ma Carlotta restera avec moi !

(Pendant ce temps, on voit Océane se débattre derrière Sganeron, soudain elle enlève ses liens et le frappe, faisant tomber l’arme qui menaçait Cécilina.)

Océane

Immonde rapace, tu t’es joué de moi
Et voilà je te casse et te laisse sans voix !

Sganeron

As-tu pété un câble ?
Si j’ai dû simuler de me faire démasquer
Afin de t’enrôler,
Depuis je suis gagné à tes atouts gonflés.

(Il approche d’elle en regardant sa poitrine)

Tant de monde au balcon !

Océane (troublée, regardant le pantalon de Sganeron)

Tant de monde au tison !

Sganeron

Ce n’est même pas l’printemps !

(Soudain Cécilina se jette sur son arme, la ramasse et met en joue Gadafi.)

Cécilina ( à tous)

On dirait tout à coup, que la donne a changé
Vous allez filer doux ou il est rétamé !

Le coprince

Calme-toi ma chérie et maintenant réfléchis
Tous ces anciens démons quitte les pour de bon.
Le public est venu pour une comédie,
Ne va pas lui donner une sotte tragédie.

Carlotta (désignant le public)

Un coup à applaudir et enfin ils se tirent.

Cécilina

Vous pensez audimat et moi échec et mat !

(Tout à coup, Soraya se jette sur Cécilina et tente de la désarmer - Mais un coup part et
Gadafi s’effondre - Tous accourent autour de lui.)

Le coprince (l’auscultant puis se relevant)

Et bien, mes compagnons, il faut trouver dare-dare
Une autre solution !

(La lumière se tamise, on les entend indistinctement comploter – la lumière revient, tous sont autour du Coprince sauf Carlotta et Soraya qui pleurent dans un coin.)

Le coprince

Ainsi, nous sommes d’accord, plus c’est gros plus c’est salace …
Euh moins ça lasse, enfin … mieux ça passe

(Ils opinent tous du chef.)

Le coprince

Je garantis ici : chacun sera servi ce qui lui est promis

(Ils continuent d’opiner, l’air satisfaits.)

Le coprince

Il s’agit d’éviter un hiver nucléaire
Et de finir sous terre

(Ils opinent)

Le coprince

Sganeron, mon garçon, ta carrure assez large
Et tes airs orientaux te donnent un air barge
Et remplissent son manteau.
Cornaqué par ces filles

(Il désigne les Tigresses)

Tu joueras Gadafi juste une ou deux années
Avant que d’abdiquer.
Elles prendront le pouvoir
Et je pourrais asseoir une nouvelle amitié scellée sur ce secret.

Sganeron

J’ai juste une requête.
Nomme une ambassadrice chargée des sports de glisse

(Il désigne Océane, qui fait des chichis)

Le coprince (d’un geste de dédain)

Fais-en ton assistante dans ton village de tentes.

Cécilina

Et bien, mes chers petits, tout me paraît fini
De ces furieux ennuis.

Perron

Cette histoire ubuesque
N’ira pas à mon desk.

Schpountz (prenant la main d’Asma et clignant des yeux)

Ministre de la défense, grande amie de la France,
J’installerai mon bureau et un vaste entrepôt
Non loin de tes fenêtres.

Le coprince

Si c’est le dernier acte, c’est le moment d’un pacte.

(Ils se rapprochent tous et croisent leurs mains au-dessus du cadavre de Gadafi.)

Un pour tous, tout ça pour rien !

(La lumière descend puis elle remonte - On revoit le coprince, Cécilina et Carlotta sur leur canapé, cette dernière se mouche après avoir pleuré.)

Le coprince (regardant sa montre)

D’ici moins de deux heures, ils seront arrivés.

Cécilina

Je n'ai qu'un seul regret, ce Sganeron félon s’en est trop bien tiré.

(Soudain, le téléphone sonne)

Le coprince

Comment ? Le Gadafi est déjà en Lybie ? C’est depuis son palais qu’il voudrait me parler ?

(Il regarde à nouveau sa montre.)

Il n’est pas en concorde ni en Mirage 2000 !
Ou il tient bien une corde et chevauche un missile !

(Dans son téléphone)

Levons vite cette énigme qui menace mon flegme
Allô ? Est-ce un animateur ?
Ou un sketch d’auteur ?

La voix

Alloua, alloua, tu m’a fais rire mon gars !

Le coprince

Qui est à l’appareil ?

La voix

Celui qui ne peut être à nul autre pareil !

Le coprince (voix tremblante et interloquée)

Co co co colonel Gadafi ?

La voix

C’est de lui qu’il s’agit.

Le coprince

Mais tu es dans un sac et pas dans un hamac !

La voix

Franssaoui, parfois tu me déçois.

Le coprince

Eclaircis ce mystère, car je n’y vois plus clair.

La voix

Tu sais, dans mon pays, on a tous un sosie !

(La voix éclate d’un rire gras - le coprince et les soeurs se regardent - Carlotta sourit - la lumière tombe – on continue d’entendre le rire du vrai Gadafi.)

FIN

******************



Rôles


Colonel Gadafi - Sauveur suprême de Cyrénaïque et Tripolitaine.

Nicolas Sara-Cosi - Coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean-de-Latran

Cécilina et Carlotta – Sœurs jumelles nées sous le signe du Scorpion ; très proches amies du coprince

Sganeron – Majordome du coprince et agent terriblement secret

Bernard Touchter - Etrange ministre des affaires

Aïcha, Samia, Soraya, Asma - Gardiennes du corps du Colonel Gadafi

Rana Male - Secrétaire d’Etat à l’amitié

Samuel Martinet - Porte parole du coprince

Marjolaine Ducal - Leadeuse de l’opposition

Roland des Bris - Président de l’Assemblée sénatoriale

Eglantin d’Esprit et Philippe Perron - Correspondants de presse

Caroline Schpountz - Marchande de canons

Océane - Gendarme de faction à l’Elysée

Albert, Robert, Herbert - Serveurs à l’Elysée

Le chœur des espions - Le chœur des diplomates - Le chœur des journalistes





Résumé

Une politicomédie en vers et contre tout !

Acte 1

Sganeron, majordome de Nicolas Sara-Cosi, coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean de Latran, est démasqué par Océane, gendarme de faction à l’Elysée : c’est un agent de la DST infiltré pour surveiller le chef de l’Etat. Mais l’appel des sens les unit immédiatement.
Le coprince vit à l’Elysée avec deux femmes : Cécilina et Carlotta. Seule la première est connue, Carlotta se pliant à la clandestinité pour tromper son monde. Le sauveur suprême Gadafi, en visite officielle à Paris, vient en réalité pour récupérer Carlotta, dont il est follement épris. Pendant ce temps, Caroline Schpountz, marchande de canons, Eglantin d’Esprit et Philippe Perron, correspondants de presse ainsi que ministres, opposants et porte-parole cherchent à tirer parti de la présence du dictateur lybien.

Acte 2

Les Tigresses, gardiennes du corps de Gadafi tentent en vain de le dissuader de rapter Carlotta. Sganeron et Océane offrent leurs services à Caroline Schpountz qui compte bien, elle aussi, s’emparer d’une des jumelles pour faire chanter le coprince et obtenir le droit de vendre des armes à Gadafi. On apprend que Carlotta a attiré Gadafi dans un guet-apens et veut se venger d’un passé scabreux. Finalement, Carlotta disparaît sans qu’on sache qui a fait le coup car Océane est retrouvée ligotée. Gadafi et le coprince sont à deux doigts d’en venir aux mains quand on découvre que c’est ce dernier qui a mis Carlotta à l’abri.

Entracte chanté

Acte 3

Sganéron et Océane sont interrogés de manière musclée par les serviteurs du coprince, en réalité des membres de son service de sécurité. Pour éviter d’être trucidée, Océane s’engage à manipuler Marjolaine Ducal, leadeuse de l’opposition et à la compromettre dans un faux complot. Le coprince révèle à Carlotta et Cécilina son intention de droguer Gadafi pour le réexpédier en Lybie. Cécilina et Carlotta échangent leurs vêtements et griment leur unique différence : un grain de beauté sur la fesse de telle façon que Gadafi ne puisse en aucun cas les distinguer. La marchande de canons révèle à Gadafi qu’elle détient un équipement lui permettant de localiser Carlotta : un micro posé sur sa hanche. Océane fait croire à Ducal que le code nucléaire français est lui aussi caché sur le string d’une des sœurs qui s’apprêterait à le vendre à Gadafi.


Acte 4

Grâce à Caroline Schpountz, Gadafi enlève Cécilina lors d’un entretien avec le coprince en pensant que c’est Carlotta. Mais Marjolaine Ducal et ses complices entrent soudain et cherchent à prouver que Cécilina va vendre son secret. Tous se précipitent sur l’objet de leur convoitise : le postérieur de Cécilina. Gadafi découvre que le grain de beauté est un postiche et Ducal essaie de le gratter vainement. S’ensuit une série de quiproquos burlesques.

Les journalistes, alertés sans qu’on sache par qui, ont filmé la scène et disent l’avoir diffusé à la télévision en direct. C’est la consternation générale et le sauve-qui-peut. Arrivent alors Sganeron qui tient Océane en joue et qui se révèle être un agent de Gadafi lequel fait chanter le coprince pour qu’il lui rende enfin Carlotta. On apprend que cette dernière était elle aussi amoureuse de Gadafi mais qu’elle a perdu une partie de sa mémoire dans un accident. Lors d’une mêlée un coup de feu éclate : Gadafi tombe mortellement blessé. Tous s’accordent pour déguiser Sganeron en Gadafi et l’expédier en Lybie où, aidé par les Tigresses, il s’emploiera à rabibocher Paris et Tripoli. Surviennent alors l’ultime coup de théâtre et l’incroyable dénouement !!!


Pour découvrir le portrait officiel de l'auteur, cliquez ici !






















Mercredi 17 Juin 2009
Serge Federbusch





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