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Les oubliés de Paris : TY2-993


Le Delanopolis a décidé de vous donner des nouvelles de quelques proscrits que Paris a, un jour, remisé dans des hangars, des caves et des dépôts et qui, pourtant, mériteraient grandement d'être sortis de l'ombre et remis en valeur.

Parmi les exemples les plus cruels, il y a bien sûr la chancellerie d'Orléans, un des plus beaux hôtels particuliers de Paris, démonté en 1923 pour laisser place à un bâtiment de la Banque de France et qui attend depuis des décennies le respect de l'engagement d'en reconstruire au moins les magnifiques décors intérieurs. Ils valent largement ceux de l'Hôtel Lambert mais ne semblent plus émouvoir personne. On parlera aussi un jour du superbe viaduc de Tolbiac, ou de la halle qui vient d'être démantibulée aux Batignolles.

Mais, aujourd'hui, laissons Jacques Gauthier, éternel amoureux de la chose ferroviaire, nous entretenir de TY2-993.



Les oubliés de Paris : TY2-993
Que cache donc que ce code hermétique ?

Une fort belle locomotive construite dans la région de Cologne et qui fut mise en service en décembre 1944 alors que le régime nazi s'effondrait sous l'offensive des alliés. Intégrée dans le parc du matériel roulant des chemins de fer polonais, elle fut déclassée en janvier 1991 et destinée à la ferraille.

Ce fut vers cette époque que Jean-Michel Frouin, artiste installé aux Frigos, dans le treizième arrondissement, dû la repérer à l'occasion d'un voyage en Pologne et qu'il imagina un projet de mise en scène qui symboliserait l'oppression et la déportation nazies. Il mobilisa ses amis des Frigos qui vivaient et travaillaient quasiment au milieu des voies ferrées puisque l'aménagement de la ZAC Seine Rive Gauche, comme on disait alors, démarrait.

Il sut intéresser Jacques Toubon député maire du 13ème, qui y vit une occasion de faire parler d'un site urbain en devenir. La chute du mur de Berlin était encore dans toutes les mémoires et les Polonais, comme les autres nations de l'ex- bloc soviétique, cherchaient de nouvelles alliances à l'ouest. Ils virent dans le projet de Frouin, soutenu par un élu gaulliste proche de Jacques Chirac, une opportunité à saisir et les cheminots restaurèrent la loco de façon à ce qu'elle pût rouler jusqu'à Paris.

Elle passa la frontière française le 18 juin 1994 - jour anniversaire d'un certain appel à la résistance - et fut garée dans les Frigos. On dut démonter la cheminée pour la faire entrer dans le bâtiment !

Puis Jacques Toubon, occupé par ses responsabilités ministérielles, laissa tomber la loco qui ne bougea plus de son sarcophage de béton et Frouin se replia sur lui-même et son projet qu'il n'avait d'ailleurs jamais bien défini. La loco aurait été exposée sur un tertre encadré d'arbres à l'avant et à l'arrière de la machine mais il ne s'agit que d'une hypothèse ...

Visible lors des journées portes ouvertes des Frigos, elle ne le fut pas en 2008. Voilà en quelques mots la navrante histoire de cette machine qui aurait mérité mieux que le cachot des Frigos alors que les cheminots des trois pays qui unirent leurs efforts pour qu'elle atteigne Paris, imaginaient bien autre chose.


Dimanche 15 Mars 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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