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Triangle Toblerone : la tour fondue ?

Aussi escamotée et manipulée soit-elle, la « concertation » municipale autour de la Tour Toblerone échappe malgré tout à ses instigateurs : la foncière Unibail-Rodamco et sa succursale de l’Hôtel-de-ville. Et il apparaît désormais que l’information donnée sur ce bâtiment relève de l’arnaque.



Triangle Toblerone : la tour fondue ?
Concoctée dans le plus grand secret et livrée ficelée à un pseudo débat public, la tour Toblerone bénéficie du service minimum en matière de concertation. Contrairement à toutes les traditions, les deux réunions publiques légalement prévues comme un plancher ont été organisées à la va-vite et dans les locaux mêmes du pétitionnaire (c’est ainsi qu’on appelle les demandeurs de permis de construire), à savoir Unibail-Rodamco.

Un onglet a été placé sur le site internet « Paris.fr », d’abord en page d’accueil, puis sur une page intérieure dont la fréquentation promet d’être squelettique. Des intervenants, dont on ne connaîtra jamais ni la réalité ni l’identité véritable, sont censés poser des questions auxquelles la mairie répond. Tout est cadré et sent la manip’ à plein nez. On y découvre malgré tout quelques perles comme un échange où un quidam demande pourquoi il n’y a pas de referendum sur le sujet et où la mairie lui répond que les referendums ont le défaut qu’on doive y répondre par oui ou par non ! Pour plus de subtilité, mieux vaut sûrement ouvrir davantage les choix possibles : oui, bien sûr ; oui, évidemment ; oui, pourquoi pas ; oui, absolument, etc.

Ce bidonnage devait être considéré comme trop risqué encore car, depuis la semaine dernière, il n’est même plus possible d’avoir accès aux questions et réponses des internautes sur le site prévu à cet effet …

Ne sachant sur quel pied danser face aux menées d’« Unibail, Delanoë, and partners », la mairie du XVème, quant à elle, après s’être un peu rapidement engagée du côté du promoteur, a souhaité organiser une exposition dans son hall d’entrée devant permettre aux Parisiens de s’informer et de réagir. Unibail lui a donc concocté en vitesse quatre dérisoires panneaux d’explication et a installé un petit écran où défile la propagande d’Herzog et De Meuron.

Patatras ! Les visiteurs ont pu réaliser la médiocrité du projet qui leur est présenté et l’absolue pauvreté des documents graphiques. Face à une initiative d’une telle envergure, l’exposition en question n’est ni plus ni moins qu’une injure aux Parisiens. Le cahier d’expression où les visiteurs sont censés pouvoir apposer leurs observations est largement couvert de récriminations et de protestations. Et les premiers retours du questionnaire envoyé par Philippe Goujon, le maire du XVème, a ses administrés, sont très mauvais. Près des trois-quarts sont hostiles à cette architecture de papier-glacé, bâclée car ne tenant compte que des intérêts d’Unibail et non de ceux de la ville, ce qui est absurde s’agissant d’un projet visible de très loin et à l’architecture massive.

Mais là n’est pas le plus important. Car, plus on regarde ce dossier dans ses détails, plus les problèmes posés par la construction éventuelle de ce bâtiment se font jour. Et l’arnaque apparaît, aussi monumentale que la tour évoquée.

Première question : où le Toblerone de Paris serait-il vraiment construit ?

La mairie parle de l’avenue Ernest Renan mais, quand on se rend sur place muni des quelques documents distribués, on se rend compte qu’il s’agirait plutôt de la rue des Sciences, une voie longeant le Hall 1 du parc des expositions. En effet, l’avenue Ernest Renan est construite en surélévation sur une sorte de grand pont creux qui abrite différents locaux, permet de passer par un tunnel d’une partie à l’autre du parc des expositions et, surtout, surplombe la ligne de métro qui mène à Issy-les-Moulineaux. Le poids du Toblerone ferait s’effondrer toute cette construction et, à moins de déplacer la ligne de métro, entreprise herculéenne, cette solution n’est guère envisageable.

Pourtant, ladite rue des Sciences est très étroite et on ne voit vraiment pas comment la tour pourrait être assez large, sur cette parcelle, pour y développer les mètres carrés qui le rentabiliseraient. De plus, la rue des Sciences sert d’accès pour les pompiers et de sortie de secours pour le Hall 1. Bref, le mystère règne sur l’assise réelle de l’édifice.

Deuxième question : dans quel axe et jusqu’où irait-il ?

A nouveau, sur les documents fournis, on observe que le bâtiment toucherait quasiment un des quatre minarets en béton de style « art déco » qui décorent l’entrée du parc des expositions. Faut-il rappeler que ces édifices sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques ainsi que les grilles et les portiques ornés de mosaïques qui les relient ? L’hypothétique Toblerone passerait entre ces édifices, les écraserait de son volume et briserait totalement leur effet de symétrie. Le ministère de la culture est-il au courant, lui qui a la charge de protéger ce patrimoine ?

De même, sur les images de synthèse bidouillées par Herzog et de Meuron, on a l’impression que la tour serait dans l’axe de la rue de Vaugirard, créant un spectaculaire effet de perspective. Mais le terrain prévu n’est, en réalité, pas dans cet axe. Du reste, l’implantation de la tour forcerait à reconsidérer tous les aménagements effectués pour les Tramway T 3 et T 2 (ces derniers, comble de gaspillage, étant en cours d’achèvement). On se demande aussi où l’énorme grue nécessaire pour construire la tour pourrait être implantée. Pas du côté du Périf’, ni sur les halls d’exposition … alors, sur la porte de Versailles directement ? Sacré foutoir en perspective.

Troisième et dernière question pour cette semaine : quid de l’utilité d’un nouveau palais des congrès à cet endroit ?

On se souvient des grandes déclarations de Delanoë, approuvant fortement le Schéma directeur de l’Île-de-France (SDRIF) au moment où Christian Blanc le critiquait (voir ici). Or, que contient ce fameux SDRIF, concernant le principe de création d’un nouveau palais des congrès en région parisienne ? Qu’il devrait être implanté en banlieue et non dans Paris intra-muros, pour rééquilibrer la localisation des équipements d’intérêt régional. Alors, snif pour le SDRIF ?

On en vient finalement à se demander si Unibail-Rodamco a tant intérêt que cela à continuer dans cette périlleuse direction. Très sensibles à la conjoncture économique, les activités de salon sont en effet fragiles, comme le sont également celles de construction et de location de bureaux. Le chantier de la tour Toblerone aurait forcément pour effet d’entraver le fonctionnement du site de la porte de Versailles durant un bon moment, en tout cas bien plus longtemps que les risibles deux ou trois années de temps de construction mentionnées initialement. Et le coût des innombrables litiges que l’édification de ce bâtiment provoquerait ne saurait être sous-estimé par ce groupe, davantage connu pour son appétence financière que pour son audace bâtisseuse.

L’on commence donc à entendre que l’accélération brutale du calendrier et le « coming-out » du projet, en septembre dernier, devait plus à un Delanoë à la recherche de coups médiatiques pour ses ambitions nationales qu’à une gestion raisonnable du sujet. Bref, on sent déjà comme un parfum de chocolat fondu porte de Versailles.

Enfin … tout n’est pas négatif. Le Delanopolis et son mystérieux correspondant, le désormais fameux « BéDé », trop occupé cette semaine pour nous envoyer son journal, ont en effet éprouvé un délicat sentiment de vanité quand ils ont lu, la semaine dernière, dans les colonnes de « 20 minutes » daté du 8 décembre que : « Hier matin, sur le marché Convention, les opinions recueillies confirmaient la tendance du sondage sur la tour surnommée « Toblerone » par certains, en référence à la marque de chocolat suisse ».

« Certains » se sont reconnus, merci pour eux.




Dimanche 14 Décembre 2008


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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