DELANOPOLIS
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VANDALOPOLIS !


Un des meilleurs connaisseurs de l'architecture parisienne a tenu à réagir, dans nos colonnes, au crime urbain qui vient d'être perpétré par la mairie sur les terrains Cardinet-Batignolles : la destruction de la Halle "De Dion" la semaine dernière. Le Delanopolis avait évoqué, en juin dernier, les menaces qui pesaient sur ce bâtiment. Pas suffisamment sans doute : aujourd'hui, le mal est fait.


Pour nous faire pardonner, ouvrons notre éditorial de la semaine à cet amoureux de Paris dont les fonctions lui recommandent l'usage d'un pseudonyme.



VANDALOPOLIS !
" Bertrand Delanoë, urbaniste pompidolien?

La destruction de la « Halle 4 », sur les terrains Cardinet, au cours de la dernière semaine d’octobre, semble prouver qu’il marche, en matière de défense du patrimoine, sur les brisées de l’ancien président de la République. La grande famille des Centraliens, à laquelle appartenait Henri de Dion, concepteur de la charpente exceptionnellement belle, arachnéenne, de cet édifice créé pour l’Exposition Universelle de 1878, appréciera à sa juste mesure l’acte de vandalisme culturel qui vient d’être commis à cent mètres du square des Batignolles. Cette charpente métallique d’une portée de 200 mètres de long abritait sur le Champ de Mars, en 1878, le cœur de l’Expo Universelle : la Salle des Machines. Une partie, ensuite avait été convertie en hangar à dirigeables à Meudon, une autre avait été transformée en gymnase municipal avenue Jean Jaurès, en 1888, et la « halle dépôt 4 », avant d’être remontée à la gare marchandises de Cardinet, avait accueilli provisoirement, en 1879, dans la Cour du Carrousel – lors de la reconstruction de l’Hôtel de Ville – les services de la Ville de Paris !

Le modèle d’Eiffel.

Cette charpente de 200 mètres de long sur une largeur de 35 mètres, sans tirants ni supports intérieurs – c’est-à-dire sans poteau intérieur – inaugurait une technique originale développée par Eiffel pour le pont sur le Douro et la Tour Eiffel : l’albalétrier et le poteau, d’un seul tenant, formait une poutre courbe à treillis continue s’encastrant dans des dés en maçonnerie. On appelait ces poutres « fermes de type de Dion ». Cette structure remarquable, dont le principe fut repris dès les années 1890, au Japon et aux Etats-Unis, était conçue d’une pièce, du sol au faîte.

Consciente de la valeur du bâtiment et de la possibilité de sa conversion à un coût réduit – à l’instar de la sauvegarde du village des chais de Bercy ou du viaduc des Arts -, Brigitte Kuster, le nouveau maire du 17ème arrondissement, avait déposé un vœu, le 9 juin, au nom de sa majorité municipale, pour « la reconversion de la halle dépôt 4 en lieu de création culturelle et d’exposition artistique dans le cadre du programme d’aménagement du site ». L’opposition de "gauche", menée par Annick Lepetit, avait voté contre au nom du « logement social », alors que cet emplacement particulier était voué à la construction de bureaux… La majorité parisienne rejeta également ce vœu. Bertrand Delanoë s’en tira par une réponse dilatoire avant de lâcher, trois mois plus tard, ses bulldozers en catimini. Christine Albanel fut également sollicitée à la mi-juin pour le classement de la halle. Sans résultat.

Mépris des "pères du progrès".

Interrogée par la presse, Anne Hidalgo justifie cette dévastation par la sauvegarde provisoire (avant démontage !) des poteaux en fonte de la halle « Polonceau » voisine, sorte de brouillon à la première gare Saint-Lazare. Mais c’est comme si l’on justifiait la mise à bas d’une église gothique en épargnant une chapelle romane dans le voisinage. En effet, la technique Polonceau encore rudimentaire est à l’architecture métallique ce que l’arc en plein cintre était aux édifices religieux tandis que le génial procédé de Henri de Dion pouvait être comparé à la croisée d’ogive, c’est-à-dire le sommet d’un art architectonique.

La destruction impardonnable de la halle 4 illustre les défaillances successives du système mis en place, à Paris, pour sauver les édifices industriels exceptionnels. Cela soulève trois questions :

- comment Grether, l’architecte maître d’œuvre de l’aménagement des terrains Cardinet, a-t-il pu couvrir un pareil crime contre la mémoire de ses prédécesseurs ?

- pourquoi le Pavillon de l’Arsenal, dirigé par Dominique Alba, n’a pas recensé les édifices industriels qui méritent un classement au lieu de gaspiller son temps et l'argent des Parisiens en exposition sur le moindre édiculet réalisé sous Delanoë ?

- pour quelles raisons les associations de sauvegarde du patrimoine – telle la Fondation du Patrimoine ou la Commission du Vieux Paris - n’ont pas réagi lorsque Brigitte Kuster a présenté son vœu, au mois de juin ? Michel Fleury n’aurait jamais toléré ce saccage.

Dans leur ouvrage indispensable « Les friches industrielles, point d’ancrage de la modernité », Pierre Lamard et Marie-Claire Vitoux, en 2006, mettaient en cause « les projets contemporains d’urbanisation, qui visent une reconversion parfois radicale des espaces, bien souvent en totale amnésie du passé ». Cet avertissement s’applique parfaitement au cynisme de Delanoë qui feint l’amnésie pour conduire ses mauvaises actions contre le patrimoine industriel. Deux mots résument son mépris de l’urbanisme : l’indigence et l’inconséquence. Il pourra s’enorgueillir d’avoir détruit, à l’insu des élus et de la population d’un arrondissement né du saint-simonisme, l’une des plus belles réalisations techniques élevées au nom du progrès en Europe.

Philippe BUCHON "


Pour accompagner ce propos, nos lecteurs trouveront ici et ici des photos de la Halle avant sa destruction, dont les ouvertures latérales étaient certes obstruées par des panneaux de plastique faciles à démonter mais dont la majesté de la structure était impressionnante pour qui a pu l'admirer.

Ils trouveront aussi ici ici ici ici et ici, des photos de la Halle détruite.

Voilà donc conservée la trace d'une des pires atteintes au patrimoine parisien depuis la destruction des halles de Baltard. Et tout cela pour un projet Clichy-Batignolles dont la médiocrité apparaît tous les jours un peu plus.

Dimanche 2 Novembre 2008
Serge Federbusch






1.Posté par Pierre TAPPOU le 11/01/2012 08:09
Ce n'est pas une erreur, mais un crime, une offense au passé et à ses bâtisseurs qui ont permit à Paris, à la France de sortir de sa torpeur en lui donnant ses lettres de noblesses architecturales. Délanoé ne respect rien, c'est un barbare, un bourgeois sans aucune éducation. Un politique méprisant, arrogant et orgueilleux; non pour sa ville; mais pour lui même. Maire de droit divin Delanoé veut dominer les hommes et les éléments et ceux même si cela doit choquer, interpeller et scandalisé. Pour flatter ses amis, ses relations le seigneur de Paris ne recule devant rien et qu'importe si on doit rasé un patrimoine inestimable. Cela me dégoûte et me conforte dans ma bonne décision d'avoir quitté ce navire infesté de rats; même au prix 'une pension retraite de moins de 600 € après quinze années d'enfer et d'humalition dans les coulisse nauséabond de la municipalité parisienne. On va peut-être me censurer pour ce dernier point; mais tant pis.

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