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Attentats : l'interview de Serge Federbusch sur Atlantico



Q = questions

R = réponses

C'est simple !



Q : Comment éviter que l’union sacrée se traduise par un gel de la pensée ? Un conseiller ministériel proche du pouvoir évoquait dans le Monde sa crainte d’un délitement.


R : L’union sacrée ne durera guère plus longtemps qu’un rassemblement place de la République avant qu’éclate le premier pétard. Certes, la droite et le FN, par tactique, ne taperont pas immédiatement sur le pouvoir. Mais le grand escamotage réussi avec la complicité de la plupart des médias après les crimes de janvier dernier ne pourra fonctionner une nouvelle fois.

Je suis frappé par l’immensité des réactions d’hostilité que les apparitions et déclarations d’Hollande provoquent sur les réseaux sociaux. Sa responsabilité est clairement mise en cause : comment de tels carnages ont été possibles dix mois après ? Pourquoi continuer dans le préchi précha du «pas d’amalgame» ? La communication gouvernementale met l’accent sur l’origine étrangère du problème, sur Daech. Mais il est de plus en plus difficile d’éviter la question qui fâche : ces éléments criminels sont-ils des électrons importés ou l’avant-garde encore très minoritaire certes mais en plein essor d’une partie de la population française qui rejette les valeurs de liberté et veut imposer la Sharia ?

Manifestement, les éléments de langage en cas de nouvel attentat étaient prêts. Cela explique l’annonce quasi-immédiate par Hollande de l’état de siège, des jours de deuil national ou de la soi-disant fermeture des frontières. Mais le président a vendu la mèche en reprenant cette dernière expression alors qu’il ne peut s’agir d’une vraie fermeture : comment isoler notre pays du reste du monde ? Il voulait dire «contrôle aux frontières» mais il a oublié, dans sa panique, que c’était déjà le cas depuis l’annonce récente de telles mesures en raison de la COP 21. Bref, face au désastre, Hollande a hoqueté un discours prévu d’avance puis a tourné les talons et laissé la foule dans le stade de France. Tout cela a un caractère artificiel et déconnecté de la réalité : les Français ne sont aucunement rassurés et n’ont pas le sentiment que le pouvoir contrôle la situation. Ils ont raison. Il règne dans le pays une atmosphère d’hébétude et d’incompréhension malsaine.


Q : La vie politique française a-t-elle basculé dans une ère nouvelle, quelle parole peut combler le déficit de pensée des partis sur les grands enjeux géopolitiques ou civilisationnels trop souvent remplacés par des débats déconnectés du réel ?


R : La question de l’intégration de la population musulmane dans le reste de la communauté française devient le problème le plus important auquel nous sommes confrontés. Cela occulte le sujet plus déterminant encore de notre déclin économique dû à l’interaction délétère de la bureaucratie domestique et de la technocratie européenne. Les partis dits de gouvernement passent leur temps à feinter. Les responsables du PS ont réussi à parler des meurtres de ces derniers jours sans employer une seule fois le mot «islam». Il n’est guère étonnant dans ces conditions que le FN ait le seul discours audible, à défaut d’être convaincant notamment sur les sujets économiques.

Q : Le préchi-précha et la culture du déni cumulée à celle de l’excuse sur les questions d’intégration de populations d’origine étrangère ne se reconnaissant pas dans les valeurs françaises peut-il continuer à figurer largement dans la parole publique ?

R : Comme les socialistes et leurs satellites n’ont pas de discours de substitution, ils vont devoir s’y accrocher. Mais la machine tourne à vide. Aux prochains attentats, qui ne sauraient tarder, ils ne pourront que bredouiller. Car quelle est la triste réalité ? Hollande s’est trompé deux fois.

D’une part en engageant la France dans le guêpier syrien sans avoir mûri au préalable ses buts de guerre. Pour vaincre Daech, il faut cesser d’écouter les universitaires fumeux qui font les délices de Mediapart, accepter de s’allier aux Russes et aux Kurdes et se résigner à différer l’élimination d’Assad. Puis il faut engager des hommes par milliers sur le terrain. Si l’on n’est pas prêt à payer ce prix, il ne faut pas aller jouer au mariole avec quelques bombardiers et un porte-avion pour faire de la com’ et se donner un sentiment de puissance hélas fugace.

D’autre part, Hollande a fauté gravement en reculant devant les fondamentalistes en France. Ces derniers se délectent de nos faiblesses et recrutent grâce à elles. Les voiles prolifèrent depuis janvier, dans une attitude de défi bravache. Il aurait fallu les interdire depuis belle lurette à l’université et dans les édifices publics, fermer les mosquées radicales, expulser les prêcheurs, couper le robinet des aides et allocations et même dénoncer la convention européenne des droits de l’homme pour ne la re-ratifier qu’avec des réserves sur le regroupement familial. La triste réalité, que la gauche ne veut pas voir, est qu’une part croissante des musulmans français se constitue en communauté dissidente rejetant les valeurs républicaines. Elle bénéficie d’un dynamisme démographique qui va rendre le problème majeur d’ici dix ans. C’est dur à admettre mais c’est ainsi. Il suffit de lire les témoignages recueillis par l’historien et enseignant Georges Bensoussan dans les banlieues. Tel est le terreau de la radicalisation. Les tueurs de Daech en sont directement issus.


Q : On a vu après Charlie Hebdo que la simple évocation -ou l’incantation- des valeurs de la République ne rassemblaient pas nécessairement toute la société française, au-delà du deuil et de l’émotion, quelles sont les valeurs qui peuvent vraiment, efficacement rassembler la nation ?


R : D’abord, sans vouloir sombrer dans un post-marxisme mécaniste, il est probable que les choses iraient mieux si nous retrouvions la croissance économique. Certains égarés qui envisagent le djihad trouveraient du travail puis le sain chemin des bars et des boîtes de nuit. Hélas, comme je l’ai écrit vainement depuis des années, il faudrait pour cela plus de libéralisme en interne et plus de souveraineté vis-à-vis de Bruxelles : un cocktail étonnant mais seul à même de nous redonner du tonus. Ensuite, il faudrait réaffirmer sans complexe les valeurs républicaines. Je n’y croyais pas au départ, mais le salut aux couleurs le matin dans les lycées et les collèges serait une bonne chose. Il faut que les jeunes soient fiers d’être français. Ils ont besoin de ressentir des émotions collectives.


Q : Assistons-nous à l’apparition de quelque chose de nouveau dans le discours politique avec des propos radicaux comme ceux de Philippe de Villiers qui dès vendredi soir parlait de mosquéisation de la France ou Laurent Wauquiez qui demande l’internement des 4000 personnes signalées dans les fichiers anti-terroristes ? S’agit-il de dérapages ou d’une stratégie assumée de personnes évoluant dans la galaxie de Patrick Buisson, “Vous cherchez la guerre civile, vous l’aurez (là où la société française dans son ensemble est plutôt résiliente)”, le sous entendu étant nous n’avons pas peur d’avoir à en passer par la violence pour se débarrasser du cancer islamiste?

R : Il ne faut pas s’étonner que la radicalisation entraîne la radicalisation, elle est faite pour cela. Cela étant, le Daechistan bien de chez nous, qui joue la politique du pire, commet une grosse erreur. Pour le moment, les Français sont encore léthargiques pour avoir trop consommé l’opium des intellectuels de gauche. Mais l’islam est et restera un corpus idéologique et une pratique sociale très minoritaire et rejetée par une part écrasante des Français. Or, il est de la nature des parts écrasantes de finir par écraser celles qui ne le sont pas quand ces dernières deviennent des gros problèmes.


Q : Quel est le risque de voir apparaître des gens misant sur la politique du pire pour déclencher une crise violente qui permettrait de précipiter le régime autoritaire qu’ils se cachent à peine de souhaiter (cf livre de Villiers) ?

R : Le risque est réel en effet. La France n’a ni la compacité géographique ni l’homogénéité sociale d’Israël. Face à des attentats récurrents, massifs et imprévisibles, elle finira par réagir plus violemment et indistinctement que ne le fait l’Etat hébreu. Cela ne passerait pas forcément du reste par un Etat autoritaire. La triste réalité d’une situation hors de contrôle ressemblerait plutôt à celle de la Saint Barthélémy : des massacres perpétrés avec la bienveillance du pouvoir par des groupes se réclamant de l’auto-défense.

Lundi 16 Novembre 2015
Serge Federbusch






1.Posté par Challier le 16/11/2015 22:58
Kikeriki ! Les musiciens de Brême sont à l'œuvre ! 10 chasseurs bombardiers ont lancé 20 bombes (sic) et détruit encore et encore, un poste de commandement, centre de recrutements djihadiste, des stocks d'armes et de munitions, et un camp d'entraînement (bis repetita placent). Il faudra certainement 100 raids pour obtenir un vrai résultat. L'action de la France représente 5% de celle de la coalition arabo-américaine.
Le Grand Mamamouchi, riche bourgeois fat et sot, voulant péter plus haut qu'il n'a le derrière, c'est notre Grand Méchant Mou et non pas Erdogan, qui se fait surnommer "Le Sultan" et qui mène une politique hypocrite de soutien à l'EI en lui achetant le pétrole volé à la compagnie nationale syrienne et en accueillant les blessés de l'EI dans ses hôpitaux et en bombardant les Kurdes en Syrie.
Mustapha Kemal Atatürk traitait les islamistes (jeunes turcs) de massacreurs de Chrétiens et de corrompus incapables de gagner honnêtement leur vie par leur travail, et annonçait leur retour par la démocratie. C'est fait. Le général Evren qui a sauvé la Turquie de la guerre civile entre loups gris et PKK, est en prison, et l'armée turque n'est plus la garante de la laïcité.
En 2006, dans Consultation Report art IV, le FMI voulait que la Syrie remplace sa banque centrale d'état, par 4 banques d'état et 14 banques privées (étrangères). La Syrie ne devant pas un sou au FMI, n'a pas cédé.
Le Shah d'Iran fondateur de l'OPEP, a été renversé par la CIA, qui finançait l'ayatollah Khomeini et le protégeait (Neauphle le château).
Ensuite les USA ont financé Saddam Hussein pour voler les raffineries d'Abadan, par une guerre atroce, sans succès. Ces grands chrétiens avaient lâché une bombe atomique sur la cathédrale de Nagasaki, grande ville chrétienne du Japon.
C'est l'oncle SAM qui voulait la guerre au Moyen-Orient pour avoir le monopole du pétrole et de la finance.
"L'hypocrisie est l'hommage que le vice rend à la vertu" écrivait M. de La Rochefoucauld.
Et il n'y a rien à attendre du riche bourgeois fat et sot, qui est le roquet de l'oncle SAM, alors que la Russie aide son allié syrien qui a refusé le passage d'un gazoduc sur son territoire, vers la Turquie (pour concurrencer alors Gazprom). Et elle transporte même vers la Syrie, des milliers de pasdarans (chiites), qui ne sont pas des coyotes à foie jaune. Et le Hezbollah (chiite) a été frappé à Beyrouth, comme nous à Paris, mais sans rodomontades de ses dirigeants.
L'Arabie Saoudite sunnite Wahhabite et les émirats financent l'EI sunnite et les rebelles dits "modérés" comme l'ALS (400M$ d'armes, 200M$ en argent, pour 4 ou 5 agents opérationnels à ce jour), sur lesquels la Russie lance des bombes "modérées" càd peintes de couleurs gaies, alors que pour l'EI ce sont des bombe normales.

2.Posté par Alablanche le 18/11/2015 13:55
Interview qui résume malheureusement très bien la situation. Très intéressant.

3.Posté par OUBENSAID le 19/11/2015 18:27
Bonsoir Monsieur,

Je consulte votre blog régulièrement, partageant vos idées. Je ne suis pas une parisienne, mais une habitante du 93, plus particulièrement d'Aubervilliers. Ce qui s'est passé à Paris, je savais que cela finirait par arriver. j'ai vu le 93 se radicaliser avec la complicité des politiques. Le gouvernement a laissé des jeunes désœuvrés partir au Moyen Orient au lieu de leur offrir un emploi, une formation, un avenir décent. Il est regrettable qu'il ait fallu de tels drames pour que la gauche libertaire prenne conscience que les Barbares sont à la porte de la Ville. Nous les habitants du 93 nous les subissons depuis plus de vingt ans ! Je suis allée en Syrie avant la guerre, j'ai visité seule Palmyre..... la mosquée de Damas, j'ai rencontré des Américains, des Français, des Espagnols..... Un séjour agréable, sans problème. Le Président Bashar n'est peut pas être un Démocrate, mais son régime laïque m'a permis de me déplacer seule, sans voile dans les rues de Damas, de boire un café sur une terrasse, de visiter un grand nombre de site en toute quiétude. Je ne pense pas que j'aurais pu faire cela en Arabie Saoudite !
Après cette guerre, c'est au peuple syrien de choisir son destin, pas aux occidentaux, et surtout pas François Hollande qui devrait commencer par faire le nécessaire en France. Et croyez-moi, il y a du boulot ! Les banlieues sont des mini Gaza !
Bien à vous.
Fatima

4.Posté par serge/cqjpense le 21/11/2015 13:18
NOUS SOMMES EN GUERRE.
Une quinzaine de terroristes franco-belge ont réussi à déjouer la surveillance de milliers de fonctionnaires français et européens en charge de la sécurité qui à permis de tuer ou blesser 480 personnes , qui étaient avertis depuis le moi d'aout (juge TREVIDIC) qu'un attentat aller se produire à PARIS, dans une salle de rock ou se réunissait une association JUIVE (vidéo canal +) !!!!!!!!!
sans commentaire.
serge

5.Posté par Bruno le 22/11/2015 09:23
Bonjour,

Le choc dans la population parisienne semble plus important que dans le cas des attentats de Charlie Hebdo en janvier : "Le choc est encore plus violent qu'après les attentats contre Charlie Hebdo, constate cette pharmacienne. Quand ils passent la porte, les mines sont graves comme s'ils portaient le deuil », raconte cette professionnelle."
Source : http://www.leparisien.fr/societe/attentats-de-paris-ruee-sur-les-somniferes-21-11-2015-5299351.php

Qu'est-ce sera après le prochain attentat ?

6.Posté par Matteo Ucello le 25/11/2015 15:54
Vous êtes beaucoup trop intelligent et peut-être trop vertueux Monsieur Federbusch !
A l'heure actuelle ce n'est pas une qualité recherchée chez les hommes politiques, du moins en France.
Le monde politique recherche des cyniques, des planqués, des gens sans scrupules, des calculateurs...des enfumeurs comme vous le dites si bien.
Comment parler à un veau ? avec une baguette et une botte de foin, voilà la solution, son QI est au abonné absent.
Dans notre beau pays, un homme peut-dire tout et son contraire, sans que cela ne pose aucun problème, il lui suffit de se présenter avec toute la panoplie de l'homme de gauche car il agit alors pour le bien public, la veuve et l'orphelin.
Molière, Monsieur, il nous faut toujours relire Molière.
Cela dit, continuez avec vos billets, car Hollande en organisateur cynique des attentats qui servent sa popularité, c'est original et pertinent, en un mot jubilatoire...et probablement assez exact

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