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Bayrou et Macron : en marche plus du tout !



Une tribune de Serge Federbusch pour FigaroVox !



Opération mains propres !
Opération mains propres !

Ce fut une brève rencontre et une alliance éphémère. Bayrou, prenant conscience qu’il y avait un candidat de trop sur le terrain politique du ni-gauche ni-droite qu’il occupait concurremment à Macron, eut le coup de génie politique de savoir s’effacer devant Macron le 23 février dernier. C’était, rappelons-nous, une surprise totale tant Bayrou semblait ne pouvoir jouer qu’un jeu personnel.

Macron, qui était alors en difficulté avec ses déclarations intempestives sur les crimes contre l’humanité commis par la France du temps de la colonisation, en tira immédiatement une bouffée d’air frais. Il prit cinq à six pour cent dans les sondages et ne quitta désormais plus la première ou la deuxième place dans les intentions de vote.

De son côté, Bayrou, dont le mouvement politique était moribond, y gagna des ministères et surtout un groupe parlementaire qui, avec quarante-deux élus, est aujourd’hui incommensurablement supérieur à tout ce qu’il pouvait espérer il y a un an. Bref, ce fut une très fructueuse opération pour chacun, une sorte de hold-up républicain dont le gras butin permettait de rétribuer généreusement chacun des complices.

Connaissant le tempérament ultra-individualiste des deux protagonistes et leur goût pour n’accepter durablement aucune autorité que la leur, l’alliance ne pouvait durer longtemps. L’affaire des tripatouillages présumés de crédits européens servant à rémunérer les collaborateurs d’élus du Modem n’est donc que le prétexte à une séparation qui serait venue de toute façon assez rapidement, pour un motif ou un autre.
Macron n’a plus besoin de Bayrou pour sa majorité à l’Assemblée. Quant à Bayrou, maire de Pau et leader d’un parti requinqué en élus et en financements, il peut envisager un avenir autonome avec plus de confiance.

Ce divorce par consentement mutuel se passera-t-il bien pour autant ?

Il est permis d’en douter. D’abord, même si elle est réelle, la majorité de Macron est fragilisée. Il dispose encore de 308 députés plus les transfuges socialistes et républicains prêts à aller à la mangeoire. Cela étant, bon nombre de ses nouveaux députés sont mal cadrés et susceptibles de poser toutes sortes de problèmes si le président demande au parlement de voter des lois délicates. Imagine-t-on, par exemple, un Cédric Villani approuvant des textes anti-migrants ? L’Assemblée ne sera pas un lieu de tout repos pour le gouvernement, quand bien même le pouvoir est de toute façon à l’Elysée, sans équivoque aucune.

Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que la majorité macronienne, hors abstention, votes blancs et nuls, suffrages d’opposition et désormais votes modémistes est en réalité très faible dans le pays. Le soufflé En marche ne s’est pas pour le moment transformé en meringue solide et ce n’est pas la relation ambiguë qu’entretiennent Macron et son Premier ministre, Philippe, qui facilitera ce travail de densification.

De quoi le départ prématuré de Bayrou est-il alors le nom ? La société « liquide » dont Macron est l’illustration en politique est en train de gagner l’Etat. On y fera voter les députés comme on commande un « Uber ».

Le pouvoir personnel du président s’exercera par une fragilisation de l’ensemble des autres appareils politiques. Nous sommes en marche certes, mais vers une présidentialisation sans garde-fou ni limites précises, sans méthode établie et dont le désordre risque de gripper la machine exécutive dans son ensemble.

Macron l’a du reste compris et c’est pour cela que, contournant les partis et les ministres, il compte s’appuyer essentiellement sur ses collaborateurs élyséens. Ils auront une prise directe sur les directeurs d’administration centrale tous appelés à changer rapidement. Présidentialisation et spoil system vont de pair, ce qui ne peut convenir à un Bayrou héritier des us et coutumes du vieux parlementarisme de compromis.

Le divorce Macron-Bayrou n’est donc pas la fin d’un marché de dupes mais la manifestation d’une rapide clarification. Le problème est qu’on ne sait pas ce qu’elle clarifie vraiment, le macronisme étant l’expression d’un pouvoir personnel purement opportuniste, prêt à s’adapter sans souci de formes à toutes les circonstances, s’appuyant sur des élus ayant tous trahi leurs formations d’origine.

Quand la réalité est volatile, l’extrême souplesse est un atout qui peut tourner à la confusion. Dans cette sarabande, Bayrou, désormais à nouveau dans l’opposition, va pouvoir retrouver son goût inné pour cette dernière.

Mercredi 21 Juin 2017


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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