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Culturopolis fait son retour en force !




Accrochez-vous car il y a à voir à Paris en ce moment !



Mon truc en plumes
Mon truc en plumes
Commençons par ce qui brille le plus, la collection al-Thani de joyaux moghols au Grand Palais. Dénommée, le "trésor du monde", cette exposition n'est en aucune manière vantée par son titre. Car c'est bien, et de loin, la plus importante collection de pierres précieuses et bijoux en mains privées au monde que le cheikh al-Thani, membre de la famille royale du Qatar dont le père était le premier ministre du précédent émir, a réuni depuis des décennies.

Ne crachant pas dans la soupe, on oubliera le temps d'une visite les investissements douteux du Qatar, ses relations suspectes avec des palanquées de politiciens français et le régime fiscal dérogatoire ultra-favorable que l'émirat a obtenu dans l'hexagone pour ses propriétés.

Car c'est une succession incroyable de merveilles allant de simples pierres non serties à des colliers, parures et broches d'un raffinement exquis comme seuls les orfèvres indiens ont su les monter jusqu'au dix-neuvième siècle. C'est un admirable agencement de couleurs, une sensualité somptueuse où aucune place n'est laissée à la médiocrité. Au diable la discrétion ou la modestie, vivre en joaillerie c'est faire étalage sans retenue de tout ce que la richesse peut permettre de brillant, d'extravagant, d'ostentatoire.

Quel dommage que l'exposition, si bien scénographiée, soit tout aussi bien protégée. On repartirait volontiers avec un petit butin ...



Danse des oreilles
Danse des oreilles
Continuons par ce qu'il y a de plus fort, l'exposition Rodin toujours au Grand Palais, pour le centenaire de sa mort.

On pourrait croire qu'il suffit d'aller dans le musée qui abrite son legs pour tout savoir sur son génie.

Mais non ! D'une part, les commissaires de l'exposition ont su mettre en valeur la magnifique plasticité des études en plâtre, où la dextérité inventive de l'artiste avait libre cours sans entraves. D'autre part, le caractère novateur de Rodin, par ses recherches sur l'inachevé -reprenant celles de Michel-Ange-, par son goût pour les collages, ses essais de photographies retouchées, ses dessins "exotisants" est maintes fois répété. Enfin, son influence sur toute une école brutaliste mais raffinée est démontrée sans qu'on puisse rien objecter à ce procès en paternité.

En bonus, nous vous offrons ci-dessus quelques lapins de Barry Flanagan en ombre portée, photographiés par l'auteur de ces lignes, qui forment un faîtage drôlatique en reprise d'une porte d'entrée de l'enfer vu par le grand Auguste.

On t'a reconnu !
On t'a reconnu !
Poursuivons par ce qu'il y a plus expressif avec Picasso primitif à Branly.

Après avoir savouré la juxtaposition de fétiches et toiles, très intelligemment agencée, on ne peut plus douter de l'influence majeure des arts africains et océaniens sur le plus important artiste-peintre et sculpteur du vingtième siècle. Plus le temps passe, plus l'évidence de la constance de son talent créatif, jusque dans les tableaux en apparence négligés ou vulgaires de la fin de sa vie, s'impose.

Le "ça" final, qui convoque la psychanalyse est un peu ridicule et bricolé mais ce qui précède est suffisamment convaincant pour qu'on pardonne ce faux-pas.


Sous Tibère, en 1950 avant Tibéri
Sous Tibère, en 1950 avant Tibéri
Poursuivons encore par une bouffée d'art frais avec l'exposition sur les jardins en revenant au Grand Palais où la RMN se surpasse en ce moment.

C'est une profusion de plans, dessins, cires, gravures, tableaux et autres supports et techniques qui montrent comment le jardin est autant objet que sujet artistique. Il manque quelques exemples d'art topiaire mais ce n'est pas grave : la richesse des collections publiques française est telle qu'on pourrait désormais organiser n'importe quelle exposition sur n'importe quel thème, il y aurait de quoi l'illustrer abondamment par maintes pièces de choix.


Terminons avec la collection des époux Kaplan, dite collection Leiden, au Louvre.

Adulant Rembrandt, ces riches américains ont réussi à acheter plus de dix tableaux du maître ces dernières décennies. On se demande encore comment cela est possible. Certes, il n'y a là aucune oeuvre majeure mais certaines sont intéressantes et même singulières, en particuliers les petits formats des débuts de l'artiste où l'on pressent déjà son art consommé des contrastes de formes, de lumière et de physionomie pour traduire les instincts en peintures.

Les tableaux les plus aboutis sont ceux de certains de ses élèves, en particulier Lievens, qui s'est auto-portraituré moins souvent que son maître mais avec un talent certain comme ci-dessus.

Pas touche !
Pas touche !
Avant de se quitter, nous vous dirons des paroles favorables au sujet de "Ghost in the shell", film éreinté par la critique, certes peu innovant dans son histoire de métabolismes boostés aux nano-techniques, mais visuellement impeccable.

La moindre image furtive d'un Hong Kong du futur recèle des trésors de réflexion sur l'évolution possible du paysage urbain d'ici quelques siècles. Seul aperçu inquiétant, les voilées ont envahi les rues de la métropole chinoise, preuve que le pessimisme ou la dhimmitude ont déjà triomphé dans les studios, même en extrême-orient.

Lundi 10 Avril 2017


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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