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Gadafi à Paris ... 13


La suite de la politicomédie en vers et contre tout signée Claude Feder.

Résumé des scènes précédentes : Sganeron, majordome de Nicolas Sara-Cosi, coprince d’Andorre et chanoine de Saint-Jean de Latran, est démasqué par Océane, gendarme de faction à l’Elysée : c’est un agent de la DST infiltré pour surveiller le chef de l’Etat. Mais l’appel des sens les unit immédiatement.

Le coprince vit à l’Elysée avec deux femmes : Cécilina et Carlotta. Seule la première est connue à l'extérieur, Carlotta se pliant à la clandestinité pour tromper son monde. De leur côté, affairistes, opposants, ministres et conseillers complotent et déblatèrent, espérant tirer parti de la présence du Lybien. Ce dernier, entouré des Tigresses, ses gardiennes du corps, est en visite à Paris avec comme seul objectif de récupérer Carlotta, si besoin par la force.

Caroline Schpountz, marchande de canons, s'attache les services de Sganeron et Océane pour enlever Cécilina et faire chanter le coprince. Mais, sitôt mis en oeuvre, ce complot vient mystérieusement échouer avec la disparition de Carlotta. Pendant ce temps, le coprince se prépare à la rencontre difficile avec Gadafi. Leur première entrevue tourne mal, d'autant que Cécilina apparaît soudain pour menacer tout le monde de son monumental pistolet.

Moment de détente avec un entracte chanté. Puis l'on retrouve Marjolaine Ducal, leadeuse de l'opposition tentant de rallier les journalistes à un complot qu'elle fomente avec Roland des Bris, président de l'Assemblée sénatoriale.



Gadafi à Paris ...  13
Acte 3 - Scène 2

Une salle sombre - Sganeron, Océane, Herbert, Hubert, Albert, Robert

(Sganeron et Océane sont ligotés à des chaises, le visage tuméfié. Les serveurs les entourent, leur ayant braqué une lampe dans les yeux)

Hubert

Alors mon vieux bellâtre faut-il que je te châtre ?
Vas-tu nous dire enfin qui t’a mis au turbin ?

Océane (à Hubert)

Crapules, pourritures, frapper un homme si pur !

(Hubert la gifle)

Herbert

Toi, la sous-commissaire, fais gaffe à ton derrière !
Car il se pourrait bien qu’on t’élargisse le train

Robert (égrillard)

Nous sommes experts en dards, tampons et coquillards.

Sganeron (marmonnant)

Vous savez bien les gars que j’ai dû agir seul.

Hubert (le tirant par les cheveux)

N’aggrave pas ton cas et ouvre un peu ta gueule.

Robert

Que comptais-tu donc faire de la jeune première
Que tu voulais soustraire ?

Sganeron

Ces deux ignobles filles m’accablaient de tourments.
Elles m’avaient courroucé, pour tout dire offensé.
Me traitant en faquin
Un jour que je voulais faire la bête à trois dos
Elles m’envoyèrent bouler comme un simple péquenot.

Océane

Pauvre petit chéri, aux mains de ces harpies.

Herbert

Moi tout ce que je veux ce sont de beaux aveux.
Le chanoine a besoin de charger Gadafi
Pour justifier demain d’envahir son pays.
Il guigne son pactole et ses champs de pétrole.
L’assemblée de l’ONU le portera aux nues.
Une résolution, suivie d’une invasion
Et son compte sera bon.
Vous serez les dindons de cette farce à pognon.

Sganeron

Pfff …
Il n’est pas un seul âne d’ici en Bactriane
Qui accordera foi à ce conte à la noix

Robert

Ces mystères nous échappent, à nous autres manants,
Et quand l’histoire nous happe nous sommes deux ronds d’flanc.

Hubert

Tu vas contresigner une belle déclaration,
Fort bien argumentée, sur ta conspiration.
Agent de la Lybie, tu voulais enlever la belle du chanoine,
Rejoindre Tripoli puis le faire chanter
Et le faire abdiquer.

(Sganeron fait un signe négatif de la tête.)

Hubert

Comme tu voudras mon gars.

(Ils sortent alors des pistolets et mettent des silencieux en les appliquant sur les tempes de Sganeron et Océane)

Océane

Signe donc Sganeron ou bien c’est le bouillon !

Herbert

Ecoute ta bergère, qui sait comment on gère
Ces dures situations.

Albert

C’est le temps des adieux, allez fermez les yeux.

Sganeron (riant nerveusement)

Mais il est impossible
Que je vous comble d’aise en sortant ces fadaises.

Hubert

Je ne comprends pas bien pourquoi tu te retiens.

Sganeron

C’est bon, je passe à table pour nous sauver le râble
Car vous mettez les pieds sur un terrain miné.
Vous l’ignorez les gars,
Vous jouez petits bras.

Albert

Qu’est-ce que tu dissimules en nous traitant de nuls ?

Sganeron

La manipulatrice, la plus terrible actrice,
C’est cette Carlotta qui tout ça mijota.

Hubert

C’est trop ou pas assez,
Il faut élaborer.

Sganeron

Elle vint me voir en mai, dans le plus grand secret,
Et m’avoua un soir quel était son espoir.
L’amour de sa vie, c’était son Gadafi !
Elle avait avec lui passé ses plus belles nuits.
Elle voulait unifier la France et la Lybie
Et se débarrasser d’un coprince amolli.
Ayant persuadé sa sœur Cécilina
D’user sur leur amant de sa tendre influence,
Elle devait simuler qu’un espion l’enleva
Pour qu’il perde la raison et qu’il sorte de France.
Son avion abattu, elle l’aurait remplacé
La presse se serait tue, ses ennemis muselés
Elle aurait détenu les clés de l’Elysée.
Alors, avec Scipion, elle aurait convolé.
Mais sur ces entrefaites vous êtes arrivés.

Herbert

Mazette, faut’y que l’on soit bêtes,
Pour n’avoir point pensé à ces plans insensés !

(Ils rient)

Océane (stupéfaite)

Sganeron, tu ne tournes plus rond !

(Aux serveurs)

Vous voyez bien, fripons, que c’est l’extrême-onction
Qui le prive de ses dons.

Hubert (reprenant son pistolet)

Je n’ai plus guère le temps d’écouter ces sornettes,
Voilà le bon moment pour faire place nette.

Océane

Attendez malheureux, je signerai pour deux !
Je dirai sacrebleu, à qui voudra l’entendre,
Que sur la grande bleue nous voulions le faire fondre
Et qu’avec Gadafi étions amis-amis.

Robert

Alors, te voilà mûre pour de fameux parjures …

Herbert (aux autres, à voix basse)

C’est tout ce qu’il nous faut.
Une lampiste, un mytho,
Après un tour de piste, ils iront au frigo.
Seuls les communistes hurleront au complot.

(à Océane)

Nous te relâcherons contre une déclaration,
Et nous te formerons en manipulations.

Hubert

Il faudra enfumer Ducal et son parti
En leur faisant gober ce scenario pourri.

Robert

Rapter Cécilina et puis tout balancer
A la presse, aux médias.
Dire qu’avec Gadafi ils étaient compromis.

Herbert

Mais s’il te prend l’envie de jouer au mariolle,
Jamais de ton ami tu reverras la fiole.

(Océane s’empare d’un papier et d’un stylo et commence à écrire. La lumière baisse.)



Dimanche 12 Avril 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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