DELANOPOLIS
Revenir à l'accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte | Partager

Gorby et le sac Vuitton

300 mots pour le dire.

Alors que Soljenitsyne a décidé de poursuivre son combat contre le mal dans des mondes qui nous sont inconnus, une publicité vient nous rappeler feu l'Union des républiques socialistes soviétiques d'une manière assez pathétique.



Gorby et le sac Vuitton
Le vieil homme, empâté, le regard lourd et triste, mal à l'aise et comme incommodé dans les sièges profonds de son automobile, passe à côté de l'ancien mur de Berlin sans vraiment le considérer.

A quoi songe-t-il ? A la vanité de l'empire déchu ou à celle de sa propre action quand il décida à l'époque de lui porter l'estocade ? Gorbatchev et quelques autres ont réussi à saborder cette immense épave politique qui prenait eau de toutes parts mais qui risquait, dans son naufrage, d'entraîner le monde avec elle. En cela, ils sont d'authentiques bienfaiteurs de l'humanité.

Au début des années 1980, tous les diplomates qui enseignaient à Sciences-Po pensaient encore que le régime soviétique durerait pas loin de mille ans. Mon père, prolétaire communiste qui avait fait le voyage vers sa Hongrie natale en 1970 en était revenu en scandalisant ses amis. "Ils vont se casser la gueule" disait-il. Pourquoi donc ? " Personne ne fait rien là-bas, ça ne peut pas durer ".

Rétrospectivement, on reste en effet confondu devant l'incroyable inefficacité de ce système qui avait amené le pays le plus grand et le plus riche du monde et ses satellites à une quasi-misère. Les Russes d'aujourd'hui n'exportent à peu-près aucun produit manufacturé autre que militaire mais leur niveau de vie a crû de manière spectaculaire. Il leur suffit simplement d'exploiter correctement leur sous-sol. Mais, même ça, le système soviétique n'y parvenait pas.

Pourtant, quand il remarque ce sac Vuitton posé négligemment, comme plein des billets de banque que Gorby a dû toucher pour poser dans cette pub, le fils du communiste ne peut s'empêcher de ressentir un peu de l'amertume qu'on devine dans le regard de ce vieil homme. Tant de braves types seront morts et auront souffert pour qu'un jour n'en reste qu'une réclame pour un maroquinier.

Finalement, le goût du luxe, forme assez commune de l'amour de soi, triomphe de tout. C'est toute la morale de cette histoire. Et ça, même Soljenytsine avait du mal à s'y faire.

Mardi 5 Août 2008


Serge Federbusch
Serge Federbusch

Nouveau commentaire :

Editos | Les Dernières Nouvelles de Delanopolis | Brèves de trottoir | Ségo Bashing | PariBao - le Dazibao de Paris | Delanopolis hors les murs | Delanopolis Street Art | Gastropolis | Le Delanopolis littéraire | Jouez au Delanopolis | Chroniques Jupitériennes