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Inglourious Basterds : Tarantino né trop tard dans un monde trop doux



Dans son dernier film, le sympathique réalisateur américain met ses pas dans ceux de Lubitsch et élimine Hitler. L'exercice est risqué, mais il ne s'en tire pas si mal, nouvelle preuve de son talent.



Inglourious Basterds : Tarantino né trop tard dans un monde trop doux
L'un des aiguillons les plus acérés qui peut faire avancer un artiste est d'être un homme d'action manqué. Balzac voulait faire par la plume ce que Bonaparte avait fait par l'épée. Souvent, l'exercice tourne à la confusion du créateur, menacé par le ridicule, l'irréaliste ou le pompeux. Et c'est bien le danger qui menace Tarantino à chacun de ses films. On sentait bien en effet, dès "Reservoir Dogs", que Tarantino aurait rêvé d'être un mafieux ou, dans le savoureux Kill Bill, qu'il s'identifiait tour à tour à chacun des tueurs ou tueuses en quête de vengeance qui se croisaient dans sa saga.

Tarantino raffole donc des histoires de violence et de folie. Son chemin artistique devait croiser un jour le souvenir de la seconde guerre mondiale qui fourmille d'exemples de l'une et de l'autre. Le réalisateur s'en donne à coeur joie. Fidèle à sa méthode, il alterne scènes terriblement réalistes et délires oniriques. Tout commence par l'exécution sauvage d'une famille juive cachée dans les caves d'une ferme, sur fond de détresse morale de celui qui les abritait mais qui doit les dénoncer pour sauver sa propre famille. Et l'on passe aussitôt à des élucubrations où un improbable descendant d'apaches du Middle South (le savoureux Brad Pitt, qui parvient décidément à ne pas se laisser gangrener par le star system) enrôle des Juifs américains pour terroriser les terroristes nazis et en scalper le plus grand nombre possible.

Son Hitler est également de pure fantaisie et nous démontre une fois de plus qu'aucun acteur n'a encore réussi à camper la froide intelligence et l'implacable mélange de haine, de raison et de folie qui mena cet homme, pris dans son propre engrenage, vers des sommets criminels jamais atteints. De même, l'action de la résistance ou la reconversion d'une rescapée dans l'exploitation d'un cinéma en plein Paris ne peuvent prétendre à aucune vraisemblance. Et tout s'achève quand ladite rescapée, émanation fantasmatique de Tarantino, parvient à elle-seule à abattre le troisième Reich et faire cesser brutalement la guerre !

Ce mélange de grand-guignol, de réalisme cru et d'idéalisme un peu infantile, sur une bande-son sophistiquée et anachronique, est particulier à Tarantino qui le maîtrise désormais parfaitement. Il n'a pas la grâce et la sophistication de Lubitsch dans "To be or not to be", sur un sujet voisin, mais il est quand même très distrayant, réussi et original. Il peut dérouter, mais il faut vraiment être idiot pour y détecter des relents d'antisémitisme, comme certaines associations américaines ont cru pouvoir le faire. Au contraire, on sent les regrets amers et sincères du réalisateur de n'avoir pas eu 30 ans en 1944 et de n'avoir pu, parachuté en France, y bousiller du nazi.

Tarantino, né trop tard dans un monde trop doux ...

Dimanche 6 Septembre 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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