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Jours fébriles à Clichy


Le réaménagement de la place de Clichy s'apprête, s'il est voté, à semer pagaille et embouteillages permanents à la frontière des 8ème, 17ème et 9 ème arrondissements.

Comme pour la place de la République, concertation manipulée et démagogie ont dominé le traitement du dossier. Explications.



Jours fébriles à Clichy
La réunion du 28 avril présentant le projet s'est appuyée sur un document qui ressemble trait pour trait à celui concocté récemment pour la place de la république. Les réactions du "public", soigneusement triées et extraites des résultats maigrelets de la concertation sur Internet (142 contributions au total pour un sujet aussi important !) conduisent toutes à la même conclusion préformatée : trop de circulation automobile, pas assez de place pour les vélos et même à ce morceau d'anthologie : "la place de Clichy devrait être piétonne comme autrefois" ! Un autrefois antérieur à l'apparition du cheval à Paris sans doute ...

On aboutit donc à un projet qui anticipe sur ce que la mairie à en tête pour la République : réunir les terre-pleins, compartimenter la chaussée en créant des couloirs bus-taxis-vélos, plantouzifier au maximum pour plaire à ce que souhaitent (croit-on) les riverains/électeurs. Des dessins féériques où les voitures et scooters ont quasiment disparu par enchantement et où les petits enfants gambadent comme au mileu d'un pré sont présentés à un public prier de s'esbaudir.

Mais les résultats, au-delà même de la période des travaux, seront désastreux.

Parlons concrètement. Le premier problème viendra du débouché de la rue de Douai. Les véhicules, quels qu'ils soient, ne pourront plus traverser directement du fait de la réunion des terre-pleins qui lui font face et ils seront obligés de s'ajouter à la circulation d'ores et déjà très dense qui remonte le boulevard de Clichy pour faire le tour complet de la place.

A ces forçats du macadam s'ajouteront également tous ceux qui pouvaient descendre la rue de Clichy laquelle, désormais en sens unique, ne leur permettra plus d'éviter de se coltiner la circumnavigation. Bref, ce qui fonctionnait tant bien que mal deviendra un enfer circulatoire à peu près équivalent à ce que l'on connaît rue Lafayette depuis les aménagements de Magenta, mais avec des conséquences plus graves encore pour tout le Nord parisien. Sachant que l'une des principales pharmacies de Paris, ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 est située sur ce tronçon, avec la nécessité pour ceux qui recherchent des médicaments en urgence de stationner à proximité, nous vous laissons imaginer la situation dans peu de temps ...

Autre gracieuseté : les couloirs trop étroits ( 3 mètres 30 ) où l'on mettra vélos, bus et taxis, pour le plus grand péril des premiers. Les couloirs de bus ouverts aux vélos devaient nécessairement faire 4,5 mètres de large, a expliqué pendant des années la mairie. Ici, nous assistons à leur brusque retrécissement avec comme seule contrepartie le fait qu'il n'y aura pas de muret mais un simple marquage au sol. En réalité, la faible largeur de cet espace n'en fera en rien un couloir où les vélos seront plus en sécurité que sur le reste de la chaussée et, du fait des embouteillages permanents, les motos, scooters et même autos l'empièteront forcément. A moins de mobiliser un nombre considérable de policiers pour réguler la circulation de jour comme de nuit. Bon courage à la préfecture ...

Quand on réfléchit aux conséquences de ce réaménagement à plus long terme, on se dit qu'il aboutira à enclaver le 9ème arrondissement dont il deviendra difficile d'entrer ou de sortir. Une fois encore, c'est la philosophie riverainiste et celle d'un Paris-centre réservé aux bobos qui triomphent. On se demande bien quelle activité économique produira l'argent pour financer ce village égoiste.

Ce projet, s'il est mené à bien, s'inscrit dans la réactivation, par petites touches, du principe de l'enceinte des fermiers généraux, "mur murant Paris qui rend Paris murmurant", comme on disait au 18ème siècle. Pour détourner - à peine - un épigramme fameux à la veille de la révolution : " Pour cajoler ses électeurs - Et raccourcir notre horizon - Le maire a jugé nécessaire - De mettre Paris en prison. »

Le maire murant Paris rendra-t-il Paris murmurant ? Réponse dès le début des travaux.

Mercredi 29 Avril 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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