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L’adieu au pot



Votre dernier Pot-aux-Roses après une mandature fanée ...



Il ne faut rien refuser, sauf l'amertume ...
Il ne faut rien refuser, sauf l'amertume ...
1 – La macronite : ils n’en mouraient pas tous mais tous étaient atteints

Ceux qui se demandaient ce que pouvaient signifier les termes « système » ou « oligarchie » n’ont qu’à observer Macron et ils seront édifiés. Le coup d’Etat médiatique a fonctionné. Les amours monstrueuses de Publicis et de l’Inspection des finances ont produit la bête qu’on peut désormais voir en face.

En apparence, Macron n’est que la poursuite du « hollandisme » par d’autres moyens. Négocier avec Berlin, Bruxelles et Francfort la résorption lente de nos déficits ; taxer les classes moyennes supérieures, notamment leur patrimoine immobilier, accorder des miettes aux banlieues pour qu’elles se tiennent tranquilles : la feuille de route de l’ancien ministre de Hollande ressemble beaucoup à celle de son ex patron.

Le grand souffle réformateur dont les médias font mine de s’émerveiller en parlant du projet Macron tient en réalité à une série de mesurettes qui apparentent l’élection de Macron a un gros remaniement ministériel chez les socialistes. La plus substantielle est le basculement d’une exonération de charges sur les bas salaires vers une hausse de la CSG. C’est un peu court jeune homme ! Car les autres annonces sont sans modalités ni calendrier précis, notamment la marche très lente vers une retraite par points.

C’est donc avant toute une aventure personnelle qui se poursuit, comme la scénographie mitterrando-clownesque de la cour du Louvre l’a montré. La presse et les télés vont bientôt être saturées de visages soi-disant nouveaux qui ne seront que les masques de l’ancien régime perdurant.

On pourrait donc croire qu’on se situe dans la banale continuation, pour une période de cinq ans, du processus de déclin lent qui fait de la France une province de l’Hinterland germano-européen. En marche mais sans élan, le surplace nous guette.

Sauf que la macronite n’est pas une simple étape, un simple palier de ce mal dégénératif.

Certes, elle affaiblit les vieux appareils politiques. Mais, sans souffle réel ni direction politique neuve et claire, elle ne pourra en venir à bout. Macron va ajouter un appareil supplémentaire au système quadripartite en vigueur depuis des décennies. Le chien va chambouler le jeu de quilles sans en proposer un nouveau. Il est donc probable et il est sans doute souhaitable que la multiplication des triangulaires et quadrangulaires aux législatives ne donne pas à la créature médiatico-financière de majorité nette. Il faudra attendre le soir du second tour, à dix ou onze heures, pour savoir si une force se dégage vraiment à l’Assemblée. Il y a aujourd’hui peu de chance que ce soit le cas quand on observe la pantalonnade autour de la candidature de Valls et les errements dans les investitures des uns et des autres.

Les derniers socialistes sont certes prêts à se vendre à Macron. Mais ils veulent le faire en bande organisée pour faire monter les enchères. Quand bien même tout ce petit monde se mettrait d’accord in fine, Macron devra compter, entre PS à demi-ralliés et modémistes, sur une majorité branlante et peu fiable, bien pire que ce que furent les frondeurs pour Hollande.

Macron a réussi son casse politique, mais il a laissé des sacs de billets sur le trottoir et ses complices se disputent déjà le butin alors que retentissent les sirènes de la vieille police à ses trousses …

Certes, Macron a compris que les Français, encore majoritairement satisfaits de leur sort, ne veulent de changement qu’en apparence. Il leur a servi la soupe aux illusions qu’ils veulent boire. Le cœur de son électorat est très proche de celui des « Charlie », qui espèrent faire barrage aux menaces en se serrant les coudes plutôt qu’en prenant les armes. Le changement dans la continuité c’est maintenant !

Comment cela a-t-il été possible ? Ne négligeons pas un facteur discret mais puissant. La baisse de l’euro de ces dernières années a timidement relancé l’activité, prouvant que sa surélévation antérieure était bien une des origines majeures de nos difficultés. Paradoxalement, la justesse des critiques contre l’euro les a privées d’audience. C’est un des écueils sur lesquels a buté le Front national : les Français sont moins hostiles à l’Union européenne du fait même de l’affaiblissement de cette dernière.

Sans majorité solide, Macron va en tout cas se trouver face à des partenaires qui ne lui feront pas plus de cadeaux qu’à son prédécesseur. Leur patience vis-à-vis de nos subterfuges budgétaires s’émousse. Gageons que le charme Macron déjà très relatif et sa pseudo-fraîcheur asphyxient vite dans le grand étouffoir politicien. Tapi dans l’ombre, le problème de l’énormité des dettes demeure, plus insoluble que jamais.


2 – La république sur écran plat

Il a suffi que, dans les deux premiers jours de la campagne d’entre-deux tours, Macron fasse des erreurs et Le Pen marque des points pour que l’armada médiatique, un temps tétanisée, se remette en marche de bataille, virulente et même verbalement violente. Oradour, Shoah, nazisme ont été recyclés ad nauseam par des gens sans morale ni scrupule qui font commerce politique de cette mémoire qui devrait être sacrée, c’est-à-dire à l’abri des touchers et des manipulations.

Vint ensuite le temps du débat d’entre-deux-tours où, au terme d’échanges où chaque candidat avait des faiblesses, le système est rapidement parvenu à faire entrer dans les esprits que l’une avait fait naufrage alors que l’autre s’en était brillamment tiré. Une fois de plus, cet épisode nous a montré que la réalité tient avant tout à son commentaire dans la république sur écran plat qui est désormais la nôtre. Il faudra s’en souvenir.


3 – L’adieu au Pot

Voilà … au terme de cinq années de chroniques que j’ai voulues aussi sérieuses que malicieuses, il est temps de refermer ce pot aux roses.

Que mes lecteurs me pardonnent erreurs et approximations et qu’ils me créditent d’avoir toujours voulu leur réserver le meilleur de mes analyses.

Qu’ils ne soient ni tristes ni languissants. Un pot se ferme, d’autres s’ouvriront aussi sûrement qu’un nouveau président ne fera qu’accentuer les égarements de l’ancien.

Terminons par cette formule immortelle du président Mao : « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ! »

Mercredi 10 Mai 2017


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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