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La réponse du Bergé


Qui l’eût cru ? Voilà le Delanopolis qui fait l’éloge de Pierre Bergé ! Et dire qu’il a suffi pour cela d’une tête de rat et d’une tête de lapin.



La réponse du Bergé
Pierre Bergé est un homme d’affaires remarquablement adapté à l’économie d’aujourd’hui, où l’image et les réseaux sont les meilleurs gages du succès. Il l’a encore prouvé lors de la vente de sa collection, décrite par certains comme la plus importante du siècle (à la fin on ne savait plus si l’on parlait de la vente ou de la collection). Le jour où les tableaux de Niarchos apparaîtront sur le marché, le quidam sera sans doute sommé de s’extasier à s’en décrocher la mâchoire, car les autoportraits « Yo Picasso » ou « Van Gogh à l’oreille coupée » ou la toile de Gauguin représentant des cavaliers sur une plage mauve à Tahiti valent bien plus que n’importe quelle œuvre cédée récemment par le collectionneur français. Mais enfin, l’occupation du Grand Palais, la mayonnaise médiatique lentement montée et la frustration habilement créée par l’image des susdits quidams attendant leur tour de contemplation sur les jardins des Champs-Elysées ont produit l’effet voulu.

Quoi qu’il en soit, tout sera pardonné à Bergé, y compris son soutien à « Désirs d’avenir », depuis qu’il a répondu, à un journaliste qui lui demandait pourquoi il ne donnait pas à la Chine les deux têtes d’animaux ornant autrefois une fontaine du palais d’été de Pékin : « le jour où le gouvernement chinois respectera effectivement les droits de l’homme, ce jour là, puisqu’il s’agit d’un échange, et peut-être c’est un chantage, mot qui, pour défendre la liberté et les droits de l’homme, ne me fait pas peur, je suis prêt à rendre ces deux têtes au gouvernement chinois ... ».

Voilà une formule qui pourra figurer dans une anthologie des provocations salutaires ! Au moment où ledit gouvernement chinois a décidé de « punir » la France parce qu’elle ne file pas assez droit à son goût, Bergé a trouvé les mots justes. Le régime de Pékin ne connaît que les rapports de force et ne respecte que ceux qui lui tiennent tête, c'est le cas de le dire. Un jour, peut-être lointain mais qu’importe, à Pékin comme à Lhassa, la liberté de penser, de s’exprimer et de contester triomphera. Et ce ne seront pas les tenants de la « Realpolitik » qui l’auront permis, même si, comme toujours, ils s’emploieront à faire croire le contraire.

Ah, au passage, permettons-nous une respectueuse suggestion à Pierre Bergé : en attendant le triomphe de la liberté dans l’Empire du Milieu, si elles ne lui sont pas finalement réglées par le dernier enchérisseur, qu’il propose de prêter les deux têtes au musée Cernuschi. Cela permettra à Paris, en les mettant bien en valeur dans son temple de l’art chinois, de prouver que cette capitale des droits de l’Homme ne craint rien.


Samedi 7 Mars 2009


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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