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Le cygne noir : voulez-vous l'aile ou la cuisse ?




Quelques battements d'aile trop appuyés ont empêché Darren Aronovsky et son cygne de pondre un véritable chef d'oeuvre qui aurait pu marquer l'histoire du cinéma. Dommage. Mais le résultat est quand même impressionnant.



Le cygne noir : voulez-vous l'aile ou la cuisse ?
La pauvre Nina Sayers, danseuse du ballet de New-York, est atteinte de schizophrénie ou de dissociation cognitive. Interrogez deux ou trois psychiatres de votre connaissance, selon les chapelles et les doctrines, la terminologie varie. Peu importe, elle rejoint grosso modo ce qu'on appelait autrefois un dédoublement de personnalité. Bref, Nina est pucelle, n'ose pas l'avouer, est travaillée intensément par une libido qui fend peu à peu l'armure de ses peurs, malgré la chape de plomb qu'une mère névrosée et aigrie a posée sur sa fifille au prétexte de la protéger.

Cette maladie mentale est bienvenue : elle correspond pile-poil au rôle des cygnes blanc et noir qui nagent sur le lac du même nom dans les opéras du monde entier. Dans le carcan militarisé d'un corps de ballet, soumis à la dictature proto-sadique d'un maître venu de France, pays dissipateur bien connu de Hollywood, cette pathologie va progressivement trouver à s'épanouir. Voilà donc Nina se mutilant et se transformant peu à peu en oiseau démoniaque, sans qu'on sache tout à fait où commence son délire et où finissent les menées jalouses de ses rivales en danse classique.

Aronofsky joue avec brio de cette porosité entre le fantasme et la réalité, la crainte, le rêve, la haine et l'abandon. Il est servi par une Natalie Portman en tous points remarquable. On sent que la donzelle a fait des études de psychologie à Harvard après avoir livré une guerre dans les étoiles.

Mais, mais ... Aronofsky ne peut se contenter de traiter du cas de Nina et de son double. Il doit occuper aussi du public. Et c'est là que le bât blesse. Car, pour faire passer le message, il appuie un peu trop, de-ci de-là, puis cède à la facilité de scènes gore peuplées de monstres dont les détails anatomiques ne nous sont pas épargnés. Quand on présente à l'esprit sain ce que voit le malsain, on sombre souvent dans la caricature et Aronofsky n'a pas réussi à y échapper totalement. Il eut fallu un peu plus de métaphore, à la manière d'Hitchcock. Ou, paradoxalement, un peu d'humour. C'est ce qu'avait compris Hiéronymus Bosch avec les démons biscornus qui hantaient ses retables. C'est bien dommage car, si Aronofsky avait sauté le pas, il aurait atteint les mêmes sommets. Il s'est contenté de nous livrer un excellent film, ce qui est déjà digne d'être salué.

Samedi 12 Février 2011
Serge Federbusch





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