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Le tournant


La cuisante défaite de Delanoë dans son entreprise de conquête du parti socialiste marque bel et bien un tournant. Et ceux qui aiment Paris peuvent recommencer à espérer : l'agence de communication et d'événementiel qui s'est emparée de la mairie en 2001 est atteinte d'un mal dont elle ne se relèvera pas.



Le tournant
Une fois n’est pas coutume, les pare-feux médiatiques de Delanoë n’ont pas joué. L’évidence de sa défaite dans la course en sac socialiste s’est imposée à la presse. On a même vu un éditorial du « Monde » conclure son propos en conseillant à Ségolène Royal, après sa victoire relative, d’avoir : « de l’audace ! ». Un clin d’œil cruel au titre du livre qui inaugura les ennuis du maire de Paris et un véritable coup de pied de l’âne.

Chronologiquement, l’origine du mal qui frappe Delanoë remonte en réalité à la large victoire de Martine Aubry aux élections municipales lilloises. Elle permit à cette dernière de ressurgir sur la scène nationale et priva le maire de Paris d’un large réservoir de voix anti-ségolistes, sur lequel il comptait il y a encore six mois. Sur le fond, son échec est dû à la personnalité du candidat lui-même, qui ne conçoit la politique que comme un sous-produit de la communication. Ceci le conduit à des positionnements artificiels qu’il ne parvient pas à justifier par vent contraire, comme sur la question du social-libéralisme par exemple.

Depuis quelques jours en tous cas, les plumes s’affranchissent. On évoque ici et là des scènes autrefois censurées comme la crise de nerfs de Delanoë après sa prestation ratée à la Mutualité ou les rivalités secrètes entre Hollande et le maire de Paris, dont l’alliance n’était que de circonstance. Tout cela, ainsi que la probabilité d’un échec de Delanoë, les lecteurs du Delanopolis le savaient déjà.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le problème de Delanoë est qu’il est sorti trop tôt du bois et a clairement signifié sa volonté d’être premier secrétaire pour devenir ensuite candidat à la présidentielle. Aucun compromis entre les courants ne peut donc se faire autour de lui. De plus, ses alliés de la motion "A", Hollande, Moscovici ou Ayrault notamment, sont prêts à le lâcher à la première occasion. Il risque donc d'être la victime sacrificielle de tous les types d’alliance possibles.

Que Royal parvienne à débaucher les élus locaux qui se sont ralliés à Delanoë et ce dernier passe à la trappe. Qu'Aubry et Royal décident de faire équipe temporairement pour liquider la vieille garde de Solferino et Delanoë est également menacé. Qu’Aubry cherche à rallier Hamon et à pactiser un temps avec les "grands" apparatchiks (Hollande et Ayrault notamment) pour entraver l’ascension de Royal, et son rival parisien sera mis poliment sur la touche puisque leurs ambitions sont radicalement incompatibles. On peut multiplier les combinaisons : elles conduisent le plus souvent à ce que Delanoë serve de variable d’ajustement à ces petits jeux.

Plus grave encore pour lui : sa défaite à Paris. Etre maire depuis bientôt huit ans, faire régner sa loi sur les sections, être assis sur la cassette municipale et seul à décider d’employer untel ou de subventionner tel autre : tout cela n’a pas suffit à lui donner plus de 37 % des voix. C’est ce qu’on appelle une gifle. Il est hautement probable que des élus et des militants ayant officiellement déclaré, par crainte, qu’ils votaient Delanoë ont fait différemment dans l’isoloir.

Cette faiblesse soudain révélée va menacer la perpétuation du système D à Paris. La première étape sera la désignation du secrétaire fédéral. Si d’aventure Christophe Caresche, déjà candidat, parvenait à rallier Hamonistes, Ségolistes et Aubrystes, c’en serait fait des affidés du maire. Cette seule perspective devrait conduire les lieutenants de Delanoë à insister pour qu’il ne se mette pas tout le monde à dos dans les tractations nationales. Quoi qu’il en soit, ce n’est que le début d’une longue guerre de succession. Tous ceux et toutes celles qui avaient choisi de porter les valises du chef, comme Anne Hidalgo, sont d’ores et déjà un peu démonétisés. S'ils parviennent malgré tout à conserver le contrôle de la fédération, ils auront dans le futur du fil à retordre.

« Qui a vécu par la com’ périra par la com’ ». La parole évangélique peut facilement s’adapter à la situation parisienne. Nombre de ceux qui ont encensé Delanoë par le passé vont bientôt se faire un malin plaisir de déboulonner sa statue, pour mieux faire oublier leur compromission.

Bref, nous sommes à un tournant. Les amoureux d’un Paris capturé depuis huit ans par une sorte d’agence de communication et d’événementiel qui n’a rien à voir avec la gauche ou les intérêts réels de la population peuvent commencer à respirer. Les hausses d’impôts à venir feront tomber les écailles des yeux des Parisiens. Certes, la tâche restera difficile car le système clientéliste mis en place repose aussi sur des bases très concrètes, comme la distribution des logements sociaux ou celle des subventions. Il importe également que l’opposition, notamment celle qui vient de la vraie gauche, la gauche moderne, fasse son travail et élabore un projet sincère et solide pour la ville. Mais une chose est sûre, depuis ce jeudi 6 novembre 2008, pour Paris, l’espoir est de retour.


Lundi 10 Novembre 2008


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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