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Lucknow et Ofuda à Guimet




L'exubérance des Indes et l'austérité du Japon : ce sont deux visages fort différents de l'Asie que nous montre Guimet dans des expositions concomitantes.



Lucknow et Ofuda à Guimet
Lucknow, capitale de la province alors nommée Awadh, bénéficia soudain, au 18ème siècle, des déboires et de la fragilité stratégique de Delhi soumise aux invasions étrangères. La richesse et la magnificence indienne y trouvèrent un refuge et un écrin. La vie de cour y ruisselait de gemmes et de raffinement, les artistes étrangers s'y pressaient, acclimatant l'art du portrait en pied au climat sub-tropical de cette ville qui se couvrait de palais magnifiques. Ce luxe, ce calme et cette volupté ne durèrent guère plus de cent ans, emportés par la montée en puissance de l'empire britannique et les révoltes qui s'ensuivirent, fomentées d'ailleurs par le peuple bien plus que par les riches oisifs qui s'étaient fort bien résignés au règne de l'homme blanc. L'exposition de Guimet restitue parfaitement et richement cette parenthèse opulente dans l'histoire des Indes qui, sans atteindre l'extrême raffinement et la puissance inouïe des grands empereurs moghols, avait su tirer parti de toutes les influences pour n'en retenir que le luxe.

C'est peu dire que l'exposition sur les images gravées du bouddhisme qui se tient dans l'annexe du musée autour de la collection du grand érudit Bernard Frank tranche sur celle consacrée à Lucknow.

Le propos s'adresse plus aux savants et professeurs au Collège de France qu'au grand public et, malgré de louables efforts pour rendre la chose moins austère grâce à une scénographie simple et de bon goût, il faut beaucoup d'abnégation pour tenter de comprendre tous les avatars et figurations du Bouddha, des boddhissatvas et autres créatures du Panthéon nippon, inspiré de l'Inde et de la Chine mais rapidement mis au goût de l'archipel. Ces représentations montrent toutes la distance et le peu d'aménité que les dieux ont pour les hommes. On ne rigole pas devant ce Bishômon prêt à vous transpercer de sa lance et même les déités bienveillantes paraissent distantes et énigmatiques.

Voilà donc un singulier sujet de méditation : comment et pourquoi le monothéisme en vigueur à Lucknow put s'accommoder de la diversité religieuse et culturelle extrême de l'Inde alors que le polythéisme nippon réduisait tout à une expression figée et austère, comment et pourquoi une civilisation de la jouissance assumée naquit du rigorisme musulman alors que la tolérance bouddhique accoucha d'un climat glaçant ?

Dimanche 10 Juillet 2011
Serge Federbusch





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