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Paris Crasse

Le sujet est sérieux mais, avec le retour des beaux jours, l’envie nous vient soudain de pousser la chansonnette en un hommage nostalgique au grand Charles Aznavour.



« Je vous parle d’un temps, que les moins de 7 ans, ne peuvent pas connaître.
Paris, en ce temps là, fleurissait d’élus Verts sous toutes ses fenêtres.
Et si d’humbles mairies, conquises en une nuit, ne payaient pas de mine,
C’est là qu’il fut promis de nettoyer les rues uniquement en régie.

Ma belle benne, ma belle benne
Ça voulait dire : je suis de gauche
Ma belle benne, ma belle benne
Et le privé sera occis … »



Trêve de plaisanterie, la municipalité socio-écolo-communiste va être très bientôt confrontée à sa première vraie crise intestine, si l’on excepte la pantalonnade offerte aux citoyens lors de la visite du Dalaï Lama. Le sujet : la privatisation - pudiquement qualifiée d’ajustement de périmètres- de la collecte des déchets par les bennes à ordures dans plusieurs arrondissements.

Il ne s’agit pas d’une privatisation stricto sensu comme pour des entreprises publiques dont le capital serait vendu à des actionnaires privés. Mais il s’agit bien de faire effectuer par des entreprises privées des tâches dont la mairie de « gauche » proclamait hier haut et fort qu’elles étaient plus efficacement prises en charge en régie directe par les services municipaux.

Souvenons-nous : Yves Contassot, fraîchement désigné adjoint au maire chargé de la propreté en 2001, entendait faire de Paris le laboratoire de la remunicipalisation. C’est ainsi que le 19ème arrondissement, dont la collecte était assurée par le privé, revint sous le giron partiel de la direction de la propreté. Aujourd’hui, c’est machine arrière toute. Deux arrondissements où la collecte était mixte (publique et privée) passent donc entièrement au privé : le 3ème et le 19ème. Et deux arrondissements à ramassage en régie passent à l’entreprise : le 9ème et le 16ème. Seul Jacques Boutault, le maire écolo du 2ème, s’est battu bec et ongles pour résister.

Pourquoi ce revirement ? La mairie s’est rendu compte que l’idéologie du « service-public- plus-performant-que-le-privé » ne tenait pas la route et que le taux d’absentéisme des personnels municipaux (30% !) ainsi que les résultats obtenus en termes de propreté étaient très décevants. Et l’on voit aujourd’hui Roger Madec, le maire socialiste du 19ème arrondissement, en pointe dans le combat pour la privatisation.

Il faut toutefois se garder de trop d’idéologie. Une excellente étude faite par deux universitaires (voir ici a montré comment une faible incitation au travail a conduit à ces piètres résultats. Un véritable cercle vicieux s’est refermé sur le service de la propreté : des personnels de moins en moins bien payés mais protégés par leur statut ont compensé le déclin de leur rémunération par un effort moindre lequel, en retour, n’incitait pas à mieux les rétribuer.
La solution du privé est donc préférable si elle permet de répartir des gains de productivité entre la ville -sous forme de davantage de propreté-, les salariés -de meilleures rémunérations- et l’entreprise, qui fera des profits.

Et c’est là que le bât blesse. Car la mairie, agissant dans la précipitation et l’approximation, comme guidée par une sorte de réflexe réactionnaire, ne se met pas du tout en situation de profiter d’éventuels gains de productivité et d’améliorer le service aux Parisiens.

Sa fébrilité la place d’abord en position de faiblesse vis-à-vis des quelques entreprises susceptibles de soumissionner et qui se connaissent toutes. La division des marchés en 5 lots distincts, regroupant des arrondissements, favorisera les ententes par répartition des territoires. Les éléments de comparaison des offres, que la ville pourrait tirer des données de la collecte en régie, seront biaisés par la faible productivité des services municipaux. Et les communistes n’ont pas tort de dire que l’absence quasi-totale de prise en compte de critères sociaux dans l’analyse des offres réduira les avantages des salariés sans augmenter ceux de la collectivité, les entreprises lauréates empochant le plus clair des gains de productivité.

La tonalité des marchés est même franchement antisociale quand la ville demande aux entreprises quels moyens elles pourront mettre en œuvre pour faire face à des circonstances exceptionnelles dans d’autres arrondissements, en clair briser les grèves. On comprend donc pourquoi Verts et Communistes s’apprêtent à voter contre, relayant une levée de boucliers syndicaux et des appels à la grève (voir ici.

L’opposition municipale devrait-elle pour autant voler au secours de la mairie en lui apportant ses votes ?

Non. D’abord, parce que la municipalité socialiste va profiter de ces nouveaux marchés pour jouer un sale tour aux mairies d’opposition. Il est en effet prévu que ces marchés permettent de basculer les moyens humains de la régie pour mieux faire balayer « les arrondissements qui ont en le plus besoin ». Suivez mon regard. En résumé, on déshabille Pierre pour habiller Paul en espérant que Pierre sera habillé par le privé.

Ensuite et surtout, les objectifs et la méthode sont incohérents. Les mêmes causes produisent les mêmes effets et la faible productivité du service public vaut pour le balayage des rues comme pour l’enlèvement mécanisé des poubelles. Le problème ne sera donc que déplacé et concentré dans l’activité de balayage, celle qui est aujourd’hui la plus mal assumée. La question d’un service public où les agents seraient correctement incités à l’effort n’est jamais traitée. Et c’est tout l’édifice de ces marchés bâclés et hypocrites qui finira à nouveau par se lézarder, laissant à Paris son statut peu envié de capitale la plus sale d’Europe.


Lundi 30 Juin 2008


Serge Federbusch
Serge Federbusch


1.Posté par garnier le 25/06/2009 11:12
comme vous êtes bien informé! bravo! je viens apporter de l'eau ou plutôt des détritus à votre mouylin. Je suis allée lundi soir à une réunion de quartier avec le Maire adjoint chargé de la propreté dans le 19ème et le Monsieur propreté de la Ville. il s'agissait de faire entendre notre colère au sujet des conditions de manquements graves à la salubrité publique au 36 rue de meaux : ce sujet relevant du maire et non du Préfet de Police, puisque les élus savent renvoyer la patate chaude!!!! si vous avez un petit reporter cela vaut le coup de faire des photos et publiez les! je suis comme vous rassurée sur le discours officiel; moins de public à la benne et tous au balai sauf que c'est moins palpitant pour les agents! on nous endort et mieux on nous berce!!!!

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