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Quand la Chine se normalisera

L'empire du Milieu menacé par le blues post olympique.

300 mots pour le dire



Quand la Chine se normalisera
Les efforts titanesques déployés par la Chine pour organiser puis dominer les Jeux Olympiques de 2008 marqueront-ils une consécration de son statut de superpuissance, un palier vers de nouveaux sommets et une domination mondiale, ou une apogée qui annonce sa normalisation ? Est elle une nouvelle Amérique ou simplement un second Japon promis à une banalisation inéluctable ?

Les 30 années de croissance qu’a connues le sous-continent chinois depuis 1978 ne sont pas un phénomène inédit par sa durée mais par son ampleur. Jamais aucun pays n’avait, à une telle échelle, connu pareil développement. Ce furent 30 faramineuses avec des taux annuels de croissance du PIB d’environ 10 % en moyenne, si l’on en croit du moins les statistiques officielles. La Chine a joué à plein de ses avantages comparatifs et, en se développant, a enrichi les consommateurs du monde entier. Les industries des pays développés ont souffert, mais, globalement, l’amélioration du niveau de vie, y compris en France, s’est largement faite grâce à ces vêtements, ces chaussures, cette coutellerie, ces jouets, cet électroménager puis tous ces produits électroniques et bientôt ces véhicules qui ont inondé les marchés mondiaux à bas prix.

Reste que l’opacité règne sur la situation financière réelle des entreprises et notamment des banques chinoises. Derrière l’énormité des réserves officielles en dollars, on devine l’immensité bien plus considérable encore des dettes privées et publiques et l’on voit, effrayé, ces forêts d’immeubles à moitié vides construits à la va-vite. Les analystes indépendants ont les plus grandes difficultés à savoir ce qui se passe dans les comptes des sociétés chinoises. L’information est verrouillée par l’Etat. Ce problème n’inquiète guère hors de Chine dans la mesure où le pays emprunte peu à l’étranger. On touche ici au paradoxe cocasse que la croissance capitaliste mondiale repose aujourd’hui pour une part non négligeable sur la capacité du parti communiste chinois à perpétuer son régime dictatorial.

Le problème est que cette dictature a horreur des cycles économiques et cherche à maintenir un taux d'expansion constamment élevé apte à tuer dans l’œuf toute cause de mécontentement social. D’où le parfum de fuite en avant qui flotte sur cette croissance. Pourtant, on s'inquiète de plus en plus en Asie des difficultés mal camouflées des Chinois. Et on lira avec amusement, à ce sujet, le livre de Mo Yan « le maître a de plus en plus d’humour » qui dépeint les conséquences de licenciements dans une usine d’Etat.

La normalisation économique de la Chine et l’acceptation des variations inévitables de l’activité passent donc par une normalisation politique, en clair une libéralisation du système et l’acceptation de l’alternance au pouvoir. De ce point de vue, peu de progrès ont été faits ces dernières années et les Jeux Olympiques n’ont servi à rien.


Vendredi 5 Septembre 2008


Serge Federbusch
Serge Federbusch

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