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Tours de passe-passe



Tours de passe-passe
La communication envahit tout et Delanoë est à la pointe de cette dilution de l’action publique dans le publicitaire. Dernier exemple en date : l’annonce par le maire de son accord de principe pour la construction de tours aux Batignolles. Pas de détours pour les bagnoles, comme avec son plan de circulation. Non : des tours pour les Ba-ti-gnolles, vous avez bien lu.

Retendons un peu le fil de cette histoire car elle illustre bien les contradictions de la politique municipale depuis 2001. Au cours de sa première mandature, au fur et à mesure que Delanoë faisait voter des projets conservateurs comme la baisse du coefficient d’occupation des sols, la limitation des hauteurs dans le P.L.U. ou le funeste projet Mangin-Berger aux Halles, il donnait le change en agitant ce débat sur les tours. C’était le principe du deux-pas-en-avant, trois-pas-en-arrière. Concrètement, cela a donné, après 4 ans de bla-bla, une vague consultation où 11 architectes ont produit des images de synthèse aussitôt désavouées.

Soudain, le temps presse : la machine de guerre est en place pour les présidentielles et il lui faut des projectiles. Delanoë salive en voyant la couverture médiatique obtenue, la semaine dernière, par le projet de Jean Nouvel, lauréat du concours pour la tour Signal à la Défense. Quelques belles images colorées dans les journaux et une polémique fabriquée lui permettraient de jouer au novateur courageux, prêt à affronter l’opinion des Parisiens qui se déclarent majoritairement hostiles aux tours quand on les interroge. « De l’audace » pour pas cher. Il s’agit d’épater à l’échelle nationale et vite. Paris, désormais, est derrière lui.

Avantage supplémentaire : ses opposants, qu’ils soient Verts ou U.M.P., risquent de se diviser sur la question et, s’il y a impopularité, il pourra facilement leur faire porter une partie du chapeau. Bref, un bon vieux petit piège, comme récemment pour le vote des étrangers non-communautaires.

Sur le fond, le débat qu’il engage est truqué. Ce qu’il suggère, une poignée d’objets totémiques posés à trois ou quatre endroits en bordure de périphérique, ne résoudra en effet aucun des problèmes qu’ils sont censés régler.

D’abord, la pénurie de logement. Il faut avoir cet élément constamment à l’esprit : le coût de construction et d’entretien d’un immeuble est nettement plus que proportionnel à sa hauteur et le sera d’autant plus que les normes environnementales se durciront. Une tour n’est donc aujourd’hui compatible qu’avec du logement de haut-de-gamme et même de luxe. Une tour de logements sociaux est une aberration qui va tout droit à l’échec urbain, à la médiocrité architecturale faute de moyens ou au gouffre financier. Le magnifique projet de Santiago Calatrava à Chicago : plus de 600 mètres de haut et plus de 1000 logements valant jusqu’à 30 millions d’euros l’unité ( !) a un sens. Quelques immeubles de 50 mètres de hauteur avec des loyers modérés seraient absurdes à moins qu’il ne s’agisse d’alibis qui endetteraient la ville. Face aux 110.00 demandes en souffrance, les « ambitions » du maire sont donc dérisoires.

En réalité, la seule mesure cohérente consisterait à avoir un vrai courage politique et à modifier le P.L.U. pour permettre de construire jusqu’à 20 ou 30 étages là où le gabarit haussmannien n’est déjà plus respecté et que subsistent des « dents creuses » ou un potentiel de démolition/reconstruction d’immeubles vétustes.

Il n’y a ainsi aucune raison valable de se limiter à 37 mètres avenue d’Italie, rue Nationale, place des Fêtes, à Curial-Cambrai, sur la plupart des boulevards des Maréchaux, etc.

Les quelques dizaines d’immeubles qui pourraient être construits quand le foncier sera disponible abriteraient chacun 200 ou 300 logements, forcément de haut de gamme si l’on veut éviter les aberrations financières. Ils ne suffiront certes pas à faire face à la pénurie. Mais au moins offriraient-ils un début de solution, contrairement à la démagogie municipale qui prétend limiter son action à quelques symboles périphériques pour, en réalité, n’offusquer personne, du moins dans l’électorat bobo.

S’il s’agit maintenant de tours à usage de bureaux, commerciaux, hôteliers ou mixtes (incluant une part de logements le cas échéant), la question qui se pose est à nouveau celle de la rentabilité. Et il ne peut y avoir de demi-mesures. Pour inciter les investisseurs à financer des immeubles de grande hauteur dans des zones souvent peu attirantes (qu’on pense à la porte de la Chapelle), avec la concurrence frontale, au sens physique du terme, des nombreux programmes qui ont poussé de l’autre côté du périphérique ces dernières années et dans une conjoncture immobilière aujourd’hui incertaine, il faudra des bâtiments de très grande taille. Il faudra donc le dire clairement et le faire sans arrière-pensées politiciennes.

On n’en prend pas le chemin. Quelles sont en effet les localisations suggérées par la mairie ?

Delanoë a écarté curieusement et brutalement tout ce que les architectes avaient suggéré à la Chapelle. Il a en revanche insisté sur le secteur Masséna-Bruneseau. Pourquoi ? La réponse se trouve dans sa petite guéguerre avec l’Etat au sujet de la localisation du Tribunal de Grande instance. Une exposition organisée il y a un an et demie à la Cité de l’architecture avait montré l’intérêt de construire une tour sur le secteur Austerlitz, pour y abriter la juridiction. Mais Delanoë a cédé devant quelques associations de riverains qui n’en veulent pas. Sa couardise le contraint donc à s’accrocher aujourd’hui à l’emplacement Masséna-Bruneseau qui a aussi comme avantage de lui donner un argument supplémentaire pour le prolongement de l’inepte tramway des Maréchaux.

Si l’opposition veut s’assurer de la bonne foi du maire de Paris, il lui suffira donc d’exiger que les projets de tours concernent aussi le secteur Austerlitz.

Un même raisonnement est valable pour les Batignolles. Le projet actuel est indigent au regard du potentiel du site. Il suffit d’aller se promener dans le nouveau « parc » pour constater qu’on a traité à une échelle de quartier un enjeu qui aurait pu être métropolitain. Que la municipalité accepte donc, avec les tours, de remettre en cause son programme clientéliste de logements sociaux bas d’ambitions. Nous verrons alors le degré d’authenticité de son engagement pour une nouvelle hauteur à Paris. Pour mémoire, l’architecte Christian de Portzamparc avait vu son projet pour ce site retoqué en 2004 en grande partie parce qu’il avait proposé une stratégie fondée sur la hauteur.

Le diable se cache dans les détails, encore plus en altitude. La question de l’emplacement des tours et de leur équilibre financier mettra à jour les contradictions de Delanoë sur ce sujet. L’opposition devra faire preuve de vigilance et se débarrasser de tout angélisme face à la communication du maire/candidat à la présidentielle.

Lundi 2 Juin 2008


Serge Federbusch
Serge Federbusch


1.Posté par christian15e le 02/06/2008 22:54
Pour connaître l'avenir , il suffit de regarder le Front de Seine...Il y a de tout : un centre commercial en ruines, une tour HLM qui se désagrège, des immeubles bien entrenus, d'autres beaucoup moin bien, et sur la fameuse 'dalle" ,des trafics en tous genres et une faune à faire vraiment peur...A votre bon coeur !

2.Posté par labarriere le 03/06/2008 21:12
La solution du logement parisien ne passe pas par des tours en plus quelque soient leurs hauteurs mais par le fait de l'envisager dans le cadre d'un Grand Paris comme sur tous les problèmes de Paris qui est une petite ville quand on la compare aux autres métropoles européennes.

3.Posté par DBL8 le 15/06/2008 14:41
"christian15e " Puisque l'on vous dit et écrit que tout est maitrisé !
Ayez confiance. NON ?!
je vous comprends très bien, avec ces zozos ne pas faire confiance est la première chose à mettre en pratique !
Ce sont des "JANUS" !!

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