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The Square : l'Occident ne tourne plus rond





Quelque chose ne tourne plus rond en Occident et en particulier en Suède, pays gangrené et déprimé par le politiquement correct.

"The Square", excellent et très subtil film de Ruben Östlund a bien mérité la palme d'or dont il se sert pour mieux nous démanger.



Gare au gore !
Gare au gore !
Christian est un directeur de musée d'art contemporain aussi paumé que branché. La société suédoise dans laquelle il évolue se protège de plus en mal par sa culture soi-disant élitiste des menaces qui la minent. Le verbiage et la bien-pensance du vivre-ensemble sont des boucliers percés face à des hordes de mendiants agressifs, de pickpockets et de semi-clandestins qui ne font souvent même pas semblant de respecter le pays d'accueil. Les immigrés les mieux insérés ont eux-mêmes du mal à faire face à ces derniers venus qui ne les aiment pas.

La réalité du petit milieu de l'art contemporain n'est donc rien d'autre que l'effort désespéré d'une bourgeoisie déclinante pour recréer un entre-soi protecteur. Elle lui permet d'investir les anciens palais royaux pour organiser des fêtes beuglantes ou de décapiter les statues équestres des princes du passé par des manoeuvres maladroites d'engin de levage. C'est l'incurie et l'iconoclastie maquillées en créativité et lestées de discours abscons sur la nature de l'art. C'est une économie culturelle alourdie de projets fumeux et de délires de communicants envahissant le Net.

L'anti-héros qu'on voit évoluer ne parvient pas à se libérer entièrement de la chape de plomb de ce conformisme même s'il est de plus en plus tenté de le faire, y compris violemment.

Et la "performance" ou un artiste joue parfaitement le rôle de l'homme-singe, du primate agressif lâché au beau milieu des bourgeois repus, est un vrai moment d'anthologie. Après avoir regardé leurs chaussures pendant que leurs femmes menaçaient d'être violées, ils finissent par retrouver une dynamique de meute tout à fait meurtrière quand la coupe est pleine et que quelques uns décident enfin de résister. Comme elle est fine la pellicule qui sépare la bestialité de l'hédonisme décadent !

"The Square" est un film drôle, constamment original et innovant qui traite de sujets en réalité très graves. Quand tout finira par tourner vraiment mal et que les Occidentaux retrouveront leurs instincts de protection vitale dans la panique et la violence, le film de Ruben Östlund restera sans doute comme une oeuvre prémonitoire.

Bravo en tout cas à Almodovar de l'avoir choisi pour la Palme d'or alors que le petit milieu du cinéma espérait glousser d'aise en voyant récompensé un énième film bêlant sur le merveilleux courage de militants "progressistes", ceux d'Act up en l'occurrence.

Jeudi 2 Novembre 2017


Serge Federbusch
Serge Federbusch


1.Posté par Bentata jean Pierre le 02/11/2017 16:28
Je souscris totalement au commentaire élogieux qui est fait sur ce film.

2.Posté par cauvin isabel le 02/11/2017 18:44
Une merveille pour qui chemine les yeux ouverts.
Et un plaisir de lire votre papier si juste de ton et de pertinence.

3.Posté par panchovilla le 10/11/2017 10:59
le petit milieu s'est vengé : film distribué uniquement en VO et dans des salles "art et essai" qui ne prenne pas les billets tarifs réduits.

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