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Amères leçons hongroises



La situation tourne au vinaigre à Budapest. Comme la Hongrie préfigure souvent ce qui va advenir à l'Europe centrale et parfois à l'Europe en général, il y a de quoi être un peu inquiet.

Lisons ce qu'écrit à ce sujet Serge Federbusch sur le site Atlantico, se remémorant pour l'occasion les enseignements d'un ancien magyar à qui il devait beaucoup.



Marcel Federbusch - Budapest 1911/Paris 2002 - Prolétaire et visionnaire
Marcel Federbusch - Budapest 1911/Paris 2002 - Prolétaire et visionnaire
Pour lire l'article source sur Atlantico cliquez ICI.


De retour de Budapest, je dois exprimer un sentiment de malaise au sujet de cette démocratie qui tourne mal, guère loin de nos frontières.

Profitant de la majorité des deux tiers dont dispose le Fidesz, son parti, au Parlement, Viktor Orban, Premier ministre habile et non dénué d’un humour populiste, multiplie les coups de canif contre le pluralisme et la liberté d’expression. La constitution est modifiée pour mieux contrôler la magistrature, la nouvelle loi électorale va rendre très difficile toute alternance dès lors que l’opposition est émiettée et que la prime au parti arrivant en tête lui assurera une majorité écrasante, les journalistes de la télévision publique qui protestent sont licenciés, la seule radio d’opposition a perdu sa fréquence, etc. Hillary Clinton s’est émue à juste titre de ces menaces pour le pluralisme, emboîtant le pas à Viviane Reding, qui l’avait fait au nom de l’Union européenne. Il ne s’agit pas encore d’une attaque frontale contre la démocratie, mais d’une offensive par petites touches, comme savent le faire les régimes autoritaires intelligents. Daniel Cohn-Bendit n’a pas eu tort lorsqu’il a comparé Orban à une sorte de Chavez européen en devenir, s’attirant des médias proches du pouvoir la seule réplique d’être un pédophile. C’est un peu court, jeunes gens.

Lorsqu’on déambule près du Parlement comme dans toutes les rues de Budapest, on ressent comme une chape de plomb sur la ville et ce climat pesant n’est pas dû qu’à la torpeur d’un Noël où les familles restent traditionnellement chez elles.

Si Orban se mue en Chavez européen, son principal problème est qu’il sera un Chavèz sans le sou : la crise économique est profonde, le Forint perd sans cesse de sa valeur, la Hongrie ne sait pas où trouver les milliards dont elle a besoin pour rembourser ses dettes, l’Union européenne lui fait les gros yeux et les condamnations américaines ne vont pas l’aider à se retourner vers le FMI, comme le gouvernement l’espérait il y a quelques semaines encore. Les Hongrois ont eu la mauvaise idée de beaucoup emprunter en franc suisse et la dette publique est désormais classée en catégorie spéculative BB+ par les agences de notation.

A nouveau, Orban tente de répondre par la fuite en avant : il va reprendre le contrôle de la Banque centrale, ce qui fait tousser derechef les institutions financières internationales, celles dont précisément il espère le soutien.

Qu’on ne se trompe pas : l’auteur de ces lignes n’est pas un afficionado de l’Europe de Bruxelles ou de l’indépendance des banques centrales. Cependant, il ne faut pas jeter le bébé démocratique avec l’eau du bain technocratique. La dénonciation des travers européens ne doit pas servir de prétexte à tordre le cou aux principes de liberté.

En réalité, la Hongrie paye le prix d’investissements insuffisants dans l’industrie depuis qu’elle est sortie de l’absurde système socialiste. Le pays a privilégié les rentes, les importations, ses entreprises ne disposent pas d’images de marque qui leur assurent un minimum de rentabilité face à la concurrence internationale. La baisse du Forint n’est donc pas suffisante à court et moyen termes pour redynamiser le secteur privé. Les Hongrois vivent mal le fait que les Tchèques s’en sortent mieux.

Il faut prêter attention à ces amères leçons hongroises. D’une certaine manière, les pays d’Europe occidentale, en particulier la France et l’Espagne, ont eux aussi négligé leurs industries et leurs investissements. Dans ces conditions, la baisse de l’euro qui a commencé ces derniers jours pourra leur donner un peu d’oxygène, mais elle ne remplacera pas les efforts indispensables pour supprimer les mauvaises habitudes rentières.

Rappelons-nous maintenant que la Hongrie a toujours été comme une sorte de poisson-pilote. En 1956, le pays fut le théâtre de la première et plus importante révolte contre la dictature soviétique. C’est en passant par son sol que les Allemands de l’Est commencèrent à contourner le rideau de fer, en 1989. La régression démocratique qu’on y observe aujourd’hui est de très mauvais augure.

Le lecteur me pardonnera de finir par une touche personnelle. Feu Marcel Federbusch, mon père, prolétaire longtemps communiste né à Budapest en 1911, avait quitté sa terre natale à 13 ans, avec sa famille. Il y retourna en voyage pour la première fois en 1970 et, à la stupéfaction de ses camarades de parti et de ses amis, revint avec la brutale sentence suivante : « Ils sont foutus, ils vont se casser la gueule ! ». « Pourquoi Marci ? » lui demandèrent ses compères indignés. « Personne n’est incité à travailler. » Le jugement était laconique et libéral. L’Histoire allait lui donner raison alors qu’à Sciences-Po, quinze plus tard, de doctes analystes du Quai d’Orsay nous expliquaient encore que le régime soviétique et ses satellites étaient indéboulonnables … Méfiez-vous des experts et écoutez un peu plus vos pères ! Et prenez garde à ce qui se passe à Budapest, ce petit Paris sur le Danube.

Mardi 3 Janvier 2012
Serge Federbusch






1.Posté par Emmanuel M le 04/01/2012 19:32
Monsieur, je suis en relatif désaccord avec cet article. Et ce bien que je sois un parisien lisant votre blog avec régularité et enthousiasme.

Orban représente une droite conservatrice. Il n'est ni libéral (comme je le suis, et comme vous l'êtes très probablement ), ni socialiste.

Il est effectivement rare qu'un politique élu, mais pas de votre camp, ne soit pas socialiste. Mais c'est aussi ça la démocratie.

Sinon concernant les mesures qu'il a prises :
* contrôler la magistrature : Montesquieu a prôné fortement la séparation des pouvoirs. Mais si actuellement un pouvoir tend à mordre sur les autres, c'est bien le pouvoir judiciaire. Je ne vois rien de mal à le remettre en place.
* une prime au parti majoritaire : cela oblige les coalitions électorales à se former avant les élections plutôt qu'après. Rien de choquant, la gauche plurielle et l'UMP y arrivent très bien.
* accessoirement, la France ayant 0 députés FN, cette critique est à peu près aussi pertinente que des remontrances syriennes sur le non-respect des droits de l'homme.
* sur le contrôle de la presse, il y a peut-être plus matière à vigilance. Ou peut-être pas. Tout dépend de la situation locale, mais la situation française ou la totalité des médias publics chante à longueur de journée les louanges du socialisme me fait penser qu'un coup de balai n'est pas obligatoirement illégitime.

Bref, wait and see. Viktor Orban n'est pas un socialiste sauce Terra Nova, certes, mais ça ne fait pas forcément de lui un facho. Ni un sale type. Au contraire.

2.Posté par Vincenzo le 05/01/2012 14:18
Les belles références ! H. Clinton, la nomenklaturiste européiste Reding, Cohn-Bendit... si ces gens n'aiment pas ce que devient la Hongrie, alors c'est que la Hongrie est sur le bon chemin... En fait, dans cet article, la même désinformation que dans les médias dominants, ceux de la pensée unique... Vous ne supportez pas que la Hongrie retire le mot "république" de sa constitution ; c'est pourtant ce en quoi nous devons la féliciter, car pour beaucoup de gens encore, la république, c'est celle qui est née en 1793 en France et qui a ordonné le premier génocide de l'histoire de l'humanité ; celui des Vendéens. Alors, qu'on supprime cette référence qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, on ne peut qu'applaudir !

3.Posté par Hipstagazine.com le 06/01/2012 23:51

Soixante-huitard nostalgique ?

Bravo pour Cohen-Bandit le prosélyte de la pédophilie !

(L'avez-vous écouté ?)

Où vous situez-vous, Monsieur Delanopolis ?

Quelles libertés défendez-vous ?
Les vôtres !
Explicitez !

CA ou fond de commerce ?
Surtout, bloquez ce commentaire, nous en serons fiers !
Tous les mêmes !


4.Posté par Hipstagazine.com le 06/01/2012 23:54
PS
Attendez-vous au pire !
Vous avez raison.
Une génération de beaucoup moins stupides que vous imaginez arrive...

5.Posté par Antikléridès le 07/01/2012 10:50
"Feu Marcel Federbusch, mon père, prolétaire longtemps communiste né à Budapest en 1911..."
Juste une petite remarque avez vous jamais vu un allemand dire " mon père autrichien engagé volontaire dans la SS".
Comment peut on encore s'en enorgueillir?

6.Posté par Hipstagazine.com le 07/01/2012 21:32


Bien vu !
Bien dit !

Tant de gens ont eu des grand-parents (criminels) communistes ....

Le siècle préfère parler des nazis...
C'est plus fashion tendance.
uniformes, etc.
Dans les téléfilms, ça ramène davantage d'audimat !
Et la com', c'est fait pour ça.
C'est fait pour et avant, pour le fric, non l'idéologie.

Il serait préférable de se taire.
Enfin !

La décence ?

Qui comprend encore le sens de ce terme ?

Agir pour ce qui se prépare...
Unir nos forces.
Nul et aucun, c'est vérifié, n'en a le courage.
Nous irons donc au pire.
Les médiocres intérêts prévalant sur l'Essentiel,
malgré les Déclarations de certains.

Qui a du courage ?
Qui bouge ?
Qui ose affronter ?
Qui cherche à unir et réunir, pour aller plus loin ?.
Qui ne craint pas pour sno petit "pré carré" ?
Il ne suffit pas de geindre,
Désormais, il faut se battre et combattre.

Allo ?

Allo ?

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