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Mélenchon, un patron de presse qui purge plus vite que son ombre !




Une nouvelle tribune de Serge Federbusch pour FigaroVox !



Marx m'en préserve !
Marx m'en préserve !
L’adage politique nous enseignait autrefois que les ministres communistes ne seraient pas des communistes ministres. Il en est aujourd’hui de même des patrons de presse « insoumis » qui n’ont rien d’insoumis patrons de presse. Sitôt le « Media » fondé pour faire soi-disant pièce aux médias bourgeois à la solde du grand capital, voilà Mélenchon et sa muse en communication, Sophia Chikirou, accusés des pires méfaits réactionnaires.

Aude Rossigneux, qui présentait l’émission emblématique de la chaîne diffusée sur internet, son journal du soir, et qui en était aussi la rédactrice en chef, a été évincée brutalement. Sur le site « Electron libre », elle accuse : « Mon licenciement du Média m'a assommée au point que je n'étais pas en mesure de répondre comme je l'aurais voulu … Dois-je porter seule la responsabilité des difficultés, des tensions, et des imprécisions de réglage ? »

Ses récriminations pleuvent : « Les troupes sont motivées mais épuisées et pas loin du burn out, comme le montrent plusieurs arrêts de travail ». Elle dénonce aussi : « Une violence et une brutalité qui (la) laissent dans un état de sidération. Une brutalité qui n'est pas exactement conforme à l'idée que chacun se fait d'un management de gauche ».

Mais ma pauvre, le management de gauche ça n’existe pas ! Il y a des patrons humains qui, fidèles à leurs intérêts bien compris, protègent leurs salariés car ce sont des outils de travail. Calcul et compassion ne font qu’un. Et des patrons inhumains ou inexpérimentés qui pallient leur manque de compétence par de l’autoritarisme exacerbé.

Brutalité, hypocrisie, double langage et gaspillage des ressources humaines et matérielles : les caractéristiques de la gauche gestionnaire n’ont guère mis de temps à se manifester chez Mélenchon TV. C’est un mini-Vénézuela médiatique que ce « Média » là !

On est loin des proclamations initiales des promoteurs du « Média »: « Nous appelons à soutenir la création d’un nouveau média fondamentalement alternatif par sa gouvernance, son modèle économique et son fonctionnement … une coopérative indépendante, pluraliste, humaniste et antiraciste, féministe, écologiste et progressiste ».

En fait de gouvernance alternative, l’impréparation et son sous-produit, l’autoritarisme réactionnaire, dominent.

Gérard Miller, gaucho-psycho bien connu des chaînes de télé et autre père fondateur du « Média » - car on peut avoir plusieurs pères pourvu qu’ils soient psychanalystes - est allé chercher jusqu’en Amérique ses exemples : « Nous nous sommes inspirés de The Young Turks, un collectif de jeunes Américains qui, pendant la campagne de Bernie Sanders, avait créé un média alternatif diffusé sur Internet et qui a joué un rôle important dans l’élection américaine. Nous voulons être indépendants… » Jeune Turc deviendra grosse tête de Turc …

Vérité en deçà de l’Atlantique, erreur en delà, ce mélange des genres est indigeste sur notre vieux continent. Malgré toutes les proclamations d’intention, se servir d’une chaîne de télévision à des fins de propagande partisane larvée fait courir un risque immédiat de « pravdaïsation ». Un minimum de liberté de ton et d’initiative est nécessaire pour que le téléspectateur ne baye pas aux corneilles.

Il est à craindre aussi que les souscripteurs de cette opération, qualifiés de « socios » par Chikirou, ne découvrent cruellement les affres du capitaliste, c’est à dire le risque de perdre son investissement. Leur mise a été plafonnée à 2500 euros par contributeur mais plus de 1,4 million d'euros auraient été réunis pour lancer la plateforme et, en cas de faillite rapide, l’expérience sera cuisante.

Peut-être les « socios » auront-ils demain plus d’indulgence pour les entrepreneurs ? Au moins, le « Media » aura-t-il alors été bénéfique à leur éducation économique et politique.

Pour qui connaît la carrière de Mélenchon, tout cela n’a rien d’étonnant. Ancien sénateur socialiste à tendance initialement rocardienne, il a lancé son entreprise personnelle et préempté avec un parfait cynisme le créneau anti-capitaliste laissé vide par un PC agonisant pour tenter de doubler le PS par sa gauche. Du grand soir à la petite semaine …

Quant à Sophia Chikirou, son ex-conseillère en communication et gourou du Média, un rapide examen de sa biographie montre qu’elle a été jusqu’à tâter du sarkozysme pour émerger en politique avant de se redécouvrir d’extrême-gauche. Ceux qu’il faut plaindre, mais pas trop, ce sont les pauvres militants qui y croient et autres « socios » Gros-jean comme devant.



La réalité se venge toujours et les nécessités de gestion d’une boutique ne laissent que peu de place au verbiage gauchiste et aux rêves anti-hiérarchiques. Au poids directorial ordinaire, le soi-disant patron de gauche n’ajoute souvent que le pesant discours du bien et de la vertu.

Hélas, tous ces désarrois sont fort regrettables. Car, sur le constat de médias à l’indépendance menacée par leur fragilité financière, l’influence de leurs actionnaires et la peur de déplaire à un pouvoir macronien intrusif et intolérant malgré ses sourires apparents, on peut difficilement être en désaccord avec les belles intentions du « Média » …


Mardi 27 Février 2018
Serge Federbusch





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