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Tir au bac !



PASSE TON BLANQUER D’ABORD ! Un nouveau tir tendu de Christiane Chavane.



Abracadabac !
Abracadabac !
Nous y voilà.

Après une intensive cogitation la montagne Blanquer accouche d’une réforme des études secondaires avec un bac (à fleurs) révolutionnaire. Une souris ?

Passons sur la disparition programmée du passé simple qui doit être acté puisque des livres pour enfants sont déjà réédités au présent. Passons aussi sur la remise au programme du latin… simplifié, sans déclinaisons. J’en ai vaguement entendu parler, puis plus rien. Vrai ou faux ?

La réforme du bac est une merveille de nivellement par le bas et de… réussite à la tête du client.

Notons la remarquable cohérence des membres du gouvernement : Monsieur Villani se plaint que les maths soient mal enseignées. Vu notre réussite aux tests PISA, on ne peut pas le contredire. Mais mettre ça sur le dos des profs, c’est un peu exagéré. Les professeurs de secondaire et encore plus ceux de primaire ne sont pas censés être médaille Fields, sinon ils seraient chercheurs de haut niveau, ingénieurs, professeurs d’université… Ils sont censés avoir un meilleur niveau que leurs élèves et être capables de leur enseigner clairement ce qu’ils doivent savoir. Le vrai problème, le scandale, c’est le programme, organisé par des fous dangereux et faisant la part belle au ludique en oubliant totalement que tout s’acquière par le travail.

Donc Monsieur Villani est là pour défendre les maths. Alors comment accepter cette réforme du secondaire qui consiste à instaurer un tronc commun en seconde, un tronc commun en première avec un début d’options à la carte, et une terminale appelée pompeusement classe de maturité, où ne resteront obligatoires que la philo… et la philo. Les maths y ont carrément disparu, et seuls quelques masochistes choisiront d’en faire un peu au cas où ils envisageraient autre chose qu’une carrière dans la communication (parce que même la finance, sans maths…, ça ne mène guère qu’à l’ENA). Les professeurs de prépa et d’universités scientifiques vont s’arracher les cheveux car ils n’auront ni le temps ni les moyens de réapprendre 3 ans de cursus mathématique et physique à des potaches dont les meilleurs auront pris une option maths au rabais. Eux s’en fichent, ils n’abaisseront pas le niveau, ils iront chercher des élèves étrangers et les nôtres resteront sur le carreau. Pour les plus riches et les plus motivés, resteront les petits cours hors de prix. Ceux-là vont faire fortune.

Le bac consistera donc en une épreuve de Français en 1ère comme cela se fait déjà, une épreuve de philo obligatoire fin juin, et deux épreuves écrites au choix en mars ou avril. Un grand oral de 20 minutes sur un sujet interdisciplinaire, ce qui ressemble au TPE actuel, complètera ce dispositif. Le tout comptera pour 60% de la note, le reste étant une moyenne sur des contrôles continus. Il est évident que ce grand oral consistera à « distraire » un jury de professeurs blasés, comme l’est le TPE d’aujourd’hui, et qu’on pourra présenter de la merde du moment qu’elle est bien emballée.

Le jury sera d’autant plus bienveillant que la catégorie sociale des élèves sera bien vue du pouvoir : chances pour la France au nom de la diversité, fils à papa-maman… Les autres, et en particulier les enfants issus de la classe moyenne trop blanche, celle qui paie trop d’impôts, peuvent d’avance renoncer à toute mention. Ce sera un bac « communication » qui ne vaudra pas un clou. Mais s’il reste encore des recalés, c’est vraiment qu’ils l’auront fait exprès.

Massacrer les maths, au demeurant, ne va pas pour autant valoriser les filières littéraires.

Finalement je vais peut-être faire hurler mes lecteurs, mais le seul personnage nommé par Macron qui tient la route, j’ai l’impression que c’est Stéphane Bern, Monsieur Patrimoine, qui prend son travail à cœur. Ne doutons pas dans ce cas que la Haute Fonction Publique dont il ne fait pas partie (mais Macron, oui) et dont il a déjà aperçu la capacité de nuisance, trouvera le moyen de le dégommer.

Dimanche 18 Février 2018
Serge Federbusch






1.Posté par Phil75 le 19/02/2018 12:43
Dire qu'au début du 20ème siècle, lorsqu'on avait le bac, on le mentionnait sur sa carte de visite ("bachelier ès lettres" ou "bachelier ès sciences")

2.Posté par Béret vert le 19/02/2018 17:29
Tout à fait d'accord, au moins Bern est dans le concret. Evidemment, comme il est populaire et pragmatique, ça sera retenu contre lui.

3.Posté par Aude SUGAI le 19/02/2018 17:46
du latin sans déclinaisons ? vous rigolez ?

Pour le passé simple, il va falloir traduire toute la littérature française (déjà expurgée de tout ce qui a une connotation religieuse, soit une énorme part étant donné que la France "était" de tradition catholique)

Quant à la philosophie, elle aussi est amputée d'une grande part des philosophes "religieusement incorrects" selon la doxa actuelle.

J'ai passé le bac oral de 1968 ; je peux vous garantir que ce n'est pas sur les matières dans lesquelles j'étais la plus forte que j'ai récolté les meilleures notes.

En revanche pour voir le verre à moitié plein, si les élèves savent vraiment lire, écrire et les quatre opérations à la sortie du primaire, bravo.

4.Posté par Christiane Chavane le 21/02/2018 11:33
@Aude Sugai
Hélas non je ne rigole pas, j'ai vu passer cette info puis elle a disparu des radars. Le seul fait que quelqu'un y ait pensé, c'est déjà mauvais signe. Pour le reste je suis d'accord avec vous. J'ai passé mon bac en 72 et je me suis économisé l'oral.



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