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Les 700 siècles (3) - La suite de notre nouvelle extraordinaire et plénipotentiaire !




Grand gourou



Les 700 siècles (3) - La suite de notre nouvelle extraordinaire et plénipotentiaire !
On a du mal à décrire celui dont il me faut maintenant vous parler. Il avait les yeux légèrement enfoncés, cernés à un point tel qu’on les croyait fardés et les paupières lourdes. Son nez était évasé au niveau des pommettes mais devenait soudain tout fin et presque minuscule en bout de course, quand il s’apprêtait à toucher sa lèvre supérieure. Cela lui donnait un air un rien méphistophélique, semblable à celui des statuettes en bois de l’Île de Pâques, celles dont le corps est scarifié.

Ses oreilles étaient plaquées à son crâne, comme pour occuper moins d’espace. Il se disait laid mais ce n’est pas ce que pensaient les gens qui le voyaient, car son verbe était envoûtant et, quand il s’exprimait, toute l’attention de son auditoire était comme happée par ses lèvres et sa voix le nimbait. En recherchant dans un livre de zoologie, je suis sûr qu’on finirait par trouver à quoi il ressemblait, une sorte de mélange de rapace et de rat, un défi à Darwin.

Il se faisait couper les cheveux très courts une fois l’an, puis attendait que tout repousse, ondule et frise, car il n’aimait pas dépenser d’argent chez le coiffeur mais ne faisait pas confiance à un disciple pour lui rafraîchir la tonsure. Cela lui donnait un air un peu crasseux. Pourtant, il passait des heures entières à mariner dans sa baignoire. Il aurait mieux fait de méditer sur le sort de Marat : ce genre d’activités ne porte pas chance. Il parlait sans cesse des trahisons, des amis qui vous lâchent, des hommes de peu de foi et il refusait que quiconque dirige des ciseaux vers lui. Cette insistance à évoquer Judas était une forme d’identification au Christ, névrose assez commune. Mode de vie singulier, il ne quittait sa « Maison » que la nuit après avoir enseigné ses disciples. Ses journées, il les passait cloîtré.

Je découvris son passé par bribes. Il avait gagné sa vie en vendant des antiquités puis, quand son commerce avait pris fin précipitamment pour les raisons que vous connaîtrez bientôt, il s’était lancé dans la prédication thaumaturge. Entendons-nous bien, car c’est important pour la suite : mon gourou n’était pas spécialement un escroc. Il croyait au moins à 45, 3 % de ce qu’il disait, selon mon institut de sondage personnel, ce qui est énorme vu son activité et bien supérieur à ce qu’on trouve dans beaucoup de professions.

Gabriel était son prénom, un bon compromis entre le profane et le sacré. Il semble même que tel était son vrai prénom. Son nom était plus mystérieux : de Fombeur, mais peu de gens gobaient cette particule. Certains le disaient marocain, d’autres catalan, d’autres quarteron de Malais, ce qui expliquerait son teint brunâtre. Tout cela n’est d’ailleurs pas forcément contradictoire. Enfin, bref, il fallait se contenter officiellement de « Gabriel de Fombeur », ce qui sonne bien. Il avait passé les cinquante ans, l’âge où, selon Confucius, on est censé faire la part des choses, pour autant qu’on vous ait laissé quelque chose en partage.

Il me révéla un jour avoir grandi dans une laverie, élevé par un oncle et une tante, très pauvres et très généreux. Toute son enfance, il avait joui de superbes mouchoirs oubliés par les clients dans les poches de leurs vestes. Son oncle aurait dû les restituer à leurs légitimes propriétaires mais Gabriel adorait ces morceaux de tissu adoucis par le temps et, face à ces yeux déjà pénétrants, le vieil homme capitulait, les pliait et les lui glissait doucement dans une poche en lui tirant l’oreille. Il est facile de rendre heureux les enfants, c’est pour cela qu’on les aime. Il avait gardé certains de ces mouchoirs qu’il serrait comme des boules antistress au fond de ses poches, quand les ennuis lui fondaient dessus comme à chaque homme, gourous compris.

Caro, ma commissaire du ministère de l’intérieur, m’avait mis au parfum et guéri d’avance contre tout risque de succomber à son charme, du moins le croyais-je : Fombeur avait fait un an de prison en préventive au début des années 1980 pour avoir exercé une sorte d’emprise sur une famille de gros bourgeois d’Orléans. Il avait gagné leur confiance en calmant un de leurs gosses qui souffrait d’autisme et passait son temps à se planquer en emportant toutes les clés de la maisonnée. Il avait trouvé le sésame : des passe-partout de couleurs vives qui captivaient l’attention du gamin. Gabriel lui parlait doucement et l’enfant se détendait peu à peu devant ses serrures et se laissait conduire là où les parents le souhaitaient. Après cela, il réussit à convaincre la mémé doyenne de la famille de placer de l’argent dans des actions de mine d’or en Guinée qui se révélèrent des gouffres à fric. Il avait pris de lourdes commissions au passage et, quand la deuxième génération familiale décida de porter plainte, il n’eut pas le temps de s’enfuir et passa une année à l’ombre, les arnaqués disposant de solides connexions dans la police et la magistrature locales.

Il fut alors accusé d’avoir calmé l’enfant névrosé non par son subterfuge mais, plus prosaïquement, avec des bonbons contenant un dérivé d’opium à dose abrutissante. Il réussit à limiter la casse car, ni pour la faillite guinéenne ni pour la camisole chimique, on ne put trouver de preuve formelle de sa duplicité. La vieille bique avait acheté ses titres africains en toute connaissance des risques de ce genre de placement : c’était écrit en tout petits caractères sur les contrats qu’elle avait signés. D’ailleurs, les victimes des mines d’or étaient nombreuses et Fombeur produisit des documents montrant qu’il avait perdu de l’argent lui-aussi.

Caroline me dit qu’un rapport confidentiel concluait que la somme en question était symbolique, juste une manière de se dédouaner par avance car l’animal Fombeur était prudent. Quant à l’enfant, les analyses pharmacologiques avaient été tardives et, là aussi, l’absence d’évidence bénéficia à mon futur gourou qui, aussitôt libre, déguerpit sans demander son reste et évita soigneusement de retourner dans la vallée de la Loire.

Il avait alors 26 ou 27 ans et s’était retrouvé à Paris où, ayant récupéré un petit studio à la Goutte d’Or, il se mit à exercer à mi-temps la profession d’écrivain public pour les Noirs et les Arabes illettrés des environs. Cinq mois par an, pour fuir l’hiver parisien qu’il détestait, il partait en Afrique, à la frontière du Bénin et du Nigéria, où il attendait que des passeurs lui ramènent des sculptures Nok et autres statuettes interdites d’exportation. Il s’était fait un petit réseau de clients en France et en Hollande, essentiellement des courtiers qui peuplèrent son carnet d’adresses, dix ans plus tard, quand il se fit antiquaire avec pignon sur rue. Avant ce virage professionnel, c’est là qu’il avait connu plusieurs marabouts dont il rédigeait les cartes de visite en y intégrant de délicieuses fautes d’orthographe et de syntaxe destinées à rendre crédible l’origine exotique du médium. Fombeur faisait ça pour le plaisir autant que pour l’argent. Il avait une bonne plume, avait fait des études d’histoire et rédigé un mémoire sur l’école primaire au moment de la décolonisation en Afrique occidentale française.


Je suis tombé un jour par hasard sur ce texte, dans la bibliothèque de Fombeur et, en le feuilletant, je fus surpris du sérieux de la chose. En fait, il avait pris goût à ce continent où il pouvait forniquer à satiété et boire du gin et du whisky pas trop cher dans ses innombrables bars borgnes. En Occident, je ne suis pas le premier à l’observer, ce ne sont pas les putes qui manquent, c’est le pognon. Quant au zeste de paranoïa qui le poussait à se demander quelle était la signification du monde, il pouvait le presser mollement dans ses recherches universitaires.

La fréquentation des vieux sages africains qui meurent en brûlant comme des bibliothèques et des marabouts qui vendent des bouts de ficelle, des selles de cheval et un cheval de courses lui fit prendre conscience qu’il pourrait un jour vivre de son aptitude à la parole cajolante. Fombeur avait en effet un don inné pour trouver le mot qui résonnait à l’inconscient de son interlocuteur, une manière directe de lui parler de ce qui le troublait et de rien d’autre. Si les psychanalystes lacaniens étaient aussi doués, ils se transformeraient tous en pipelettes et retrouveraient un peu d’influence. Mais bon, puisque le lacanisme n’est rien d’autre que la rencontre du freudisme et de l’almanach Vermot, mieux vaut qu’ils en disent le moins possible.

La voix de Fombeur était chaude et séduisante et elle offrait le repos à qui avait la chance de l’entendre. Comme il savait qu’une méfiance généralisée frappe désormais les prédicateurs charismatiques et qu’une surveillance policière n’était pas à exclure, il lui suffisait de se laisser aller à sa fantaisie, assez généreuse, sans pousser trop vite sa ruse et son avantage. Il recevait les nouveaux adeptes la nuit dans son étrange « Maison » remplie d’effigies de hiboux, ne leur demandait rien pendant des mois, les laissaient se nicher dans la douce chaleur du groupe et, soudain, les convoquait pour leur dire qu’ils n’avaient plus rien à faire au milieu des autres et devaient cesser leurs visites.

Les sachant désespérés par leur exclusion brutale, Fombeur attendait le moment, quasi inéluctable, où ils prononceraient la sempiternelle parole : « que faut-il que je fasse pour la Maison ? ». Alors, rassuré sur leur docilité, il leur suggérait peu à peu des services croissants et vivait largement de ces dons.

Il avait ainsi récupéré une trentaine de lingots d’or d’une héritière famélique avant que notaires et fisc aient pu intervenir, quelques dessins et tableaux anciens refourgués à Drouot et du cash, du cash, du cash, mot le plus agréable à entendre pour les jouisseurs. Suffisamment, en tout cas, pour vivre épanoui depuis cinq ou six ans avec ses concubines, une brune et une blonde, ce qu’on aurait pu prendre pour un manque d’imagination. Ces filles -Alix et Camille- étaient deux bourgeoises intellos que je ne vis jamais autrement que souriantes. Fombeur avait définitivement extirpé toute jalousie de leurs cervelles. Elles anticipaient parfaitement ses attentes et portaient des bottes montantes et des sortes de robes-tabliers en plastique qui me ravissaient, moi qui adore les séries télévisées anglaises des années 1960.

Mais revenons à sa vie antérieure. Après l’Institut des Hautes Etudes à la Dure de Barbès-Rochechouart, ce fut l’ascension soudaine, une galerie d’art minuscule mais excellemment située rue Bonaparte qu’il avait récupérée en séduisant une vioque à un vernissage. L’ancêtre achevait sa carrière d’antiquaire spécialisée en vestiges orientaux et ne se préoccupait plus que de contempler ses bronzes du Louristan sans véritablement défendre ses intérêts, une opportunité que Fombeur saisit à bras le corps, tout comme la carcasse sèche de sa mécène.

Sitôt le fonds de commerce racheté à vil prix, il se débarrassa de sa conquête flétrie et reconvertit la boutique dans les arts africains où il fourguait pour l’essentiel des fétiches à clous, des sceptres et des dots métalliques achetés aux enchères en les présentant comme dégottés au fin fond de la brousse. Quelques pièces de meilleure provenance lui servaient, en vitrine, à alpaguer les varlots, ainsi qu’il qualifiait les victimes de ses ensorcellements commerciaux. Il avait compris comment transformer un objet touristique en chef d’œuvre authentique, après un petit séjour dans la terre d’un galetas qu’il louait dans une forêt auvergnate.

Ce mûrissoir à antiquités primitives lui permit de solides culbutes financières et d’agréables revenus pendant plus de dix ans, jusqu’au moment où il tomba sur un pigeon plus dodu que les autres. Sortant de sa spécialité africaine, il se mit à lui vendre de pseudo ivoires érotiques japonais pour une vraie fortune. Mais sa victime avait un gendre plein d’espérances en matière d’héritages lequel disposait de pas mal de copains dans la pègre. Il y eut de la casse dans la boutique et Fombeur dut se résoudre à rendre l’argent et changer de secteur, une nouvelle fois. Qu’importe ! Il fit contre mauvaises fréquentations bonne philosophie et en conclut qu’un homme ne pouvait être heureux qu’en changeant de vie toutes les décennies, principe qu’il décida de transmettre à ses ouailles.

C’est ainsi qu’il reconvertit un show-room du Sentier en lieu d’épanouissement et de reconquête de l’estime de soi, nanti d’un statut associatif bricolé à la va-vite : la « Maison ». Il avait la ferme intention d’y exercer illégalement la profession de psychologue sauvage et comptait sur sa phraséologie paramédicale et sa connaissance des rites initiatiques africains pour se donner bonne contenance. Mais, petit à petit, au fur et à mesure que sa clientèle se développait, il était redevenu ambitieux, mal qui le rongeait et l’empêchait d’être heureux. Il agrégea donc un groupe de paumés dans cette « Maison » qui fonctionnait autour d’un slogan aux résonances politiciennes : « Retrouver Vie ». Les disciples se réunissaient le soir et restaient ensemble jusqu’au petit matin, au milieu de ces fameux hiboux.

La « Maison » n’était toutefois pas accueillante pour tout le monde. Fombeur pourrit ainsi l’existence de ses voisins du dessus, un couple de vieux polonais. Il parvint grâce à cette manœuvre à récupérer le premier étage de son immeuble pour y étendre son business.

Rien de très original, me direz-vous. C’est ce que je pensais moi-même avant d’avoir eu droit à ma première prédication, qu’il qualifiait de « confidence ». Il avait, dans son entreprise, une sorte d’adjoint du nom d’Etienne Merlin, autrefois banquier d’affaires licencié pour des fautes professionnelles reconnues comme telles par les prud’hommes et la dizaine de juridictions à laquelle il s’adressa pour faire condamner son employeur.

Ces échecs contentieux firent sombrer Merlin dans une dépression nerveuse qui enrichit trois ou quatre thérapeutes et le faisait dormir 17 heures par jour à coups de médicaments jusqu’à ce qu’il rencontre Fombeur qui lui trouva un bon dérivatif : faire son éloge en toutes circonstances à toute personne rencontrée. Merlin avait besoin de croire, d’être la groupie de quelqu’un et Fombeur l’avait compris en un instant. C’était un surexcité imprévisible, à la mâchoire carrée et aux cheveux rares, aux mains déformées, et il fallait s’en méfier. Bête comme trente-six cochons et méchant comme un démon, disent les Normands, dont il était issu.

Je frappai donc à la porte de la « Maison » sur le conseil de ma pygmalionne de chez Poulaga frères, qui s’était reprise soudain de sympathie pour mon enquête et ma plastique burinée.

Il y avait une contrepartie : je devais refiler aux flics les informations que je parviendrais à dégotter car ils soupçonnaient Fombeur, me fit-elle croire, de persister dans la captation d’héritages et l’exportation illégale d’œuvres d’art et de capitaux. Le mélange des genres qu’elle proposait ne me semblait pas trop déontologique, mais ça n’avait pas l’air de poser de problèmes aux roussins. Comme cette auguste administration était prête à me dédommager à hauteur de 10.000 euros pour mes diligences, ma cupidité prit le dessus. Là-aussi, j’aurais dû être plus prudent.

Pour bien mentir, il faut ne travestir que légèrement la vérité, que la déviation de la course du réel soit douce et imperceptible mais qu’elle mène la victime aux antipodes de ce qu’elle devrait savoir.

J’expliquai donc à Fombeur, lors de notre première rencontre (qui ne survint d’ailleurs qu’à ma quatrième visite à la « Maison » après que ses sbires, en particulier Merlin, m’aient longuement sondé) que j’avais été scénariste mais qu’un immense chagrin d’amour provoqué par une artiste conceptuelle et sadique m’avait dégouté à jamais de cette activité. Il pouvait vérifier tout ce qu’il voulait : c’était vrai. Je lui donnais des précisions sur ma tortionnaire dissidente des Beaux-arts sachant que, dès que Fombeur entendait parler de tableaux et d’argent, son attention s’éveillait. Il me dit en souriant que mes propos lui donnaient envie de tomber amoureux de cette donzelle. Le désir est physiquement incompréhensible et mentalement cinématographique, ajouta-t-il, observation à laquelle j’ai fini par me rallier quand j’ai réussi à comprendre ce que cela signifiait. Je décidai de jouer un personnage de fat outrecuidant et lui suggérai d’étendre sa méthode thérapeutique à la peinture et à la sculpture puis d’organiser la vente des œuvres des disciples. Il me prit pour un con ce qui devait faciliter un temps la captation de sa confiance.

Six mois s’écoulèrent encore et, peu à peu, Fombeur sollicita mon avis sur tel ou tel sujet, non pour en tenir compte bien sûr, mais pour vérifier si j’étais capable de défendre un point de vue et de jouer le rôle de petit soldat de sa troupe si la nécessité s’en faisait sentir. Enfin … je suis peut-être trop modeste car il prêtait peut-être vraiment attention à mes propos : comme tous les intellectuels désireux de plaire, il se servait des opinions des uns et des autres comme les skieurs se servent des piquets pour slalomer. Ces contraintes plantées arbitrairement leur sont autant de points d’appui et une forme de discipline pour progresser dans leur jactance.

Alix et Camille, ses vestales, étaient de plus en plus souriantes en ma compagnie. Je n’aurais pas craché sur une sérénade à trois mais toute partie de jambes en l’air présentait le risque d’un atterrissage en catastrophe. Peut-être que Fombeur consentirait à me les prêter pour quelques heures ? Mieux valait laisser les choses suivre leurs cours, comme on dit quand on a la trouille. En tous cas, leur bienveillance me rassurait sur les propos que le maître devait leur tenir hors de ma présence. Je passai bientôt trois nuits par semaine à la Maison et j’écoutais les récits que chacun faisait de sa journée, obligé par la discipline commune à indiquer ce qu’il avait appris. « Chaque jour doit vous enseigner quelque chose et chaque nuit doit vous permettre de le méditer », déclarait Fombeur. Il expliquait quel « pollen pouvait être butiné et quel miel pouvait être produit », car il filait la métaphore apicole assez souvent.

Après tout ce temps passé à écouter ce baratin, je recommençai à m’impatienter. Je n’étais pas encore « éveillé », vocabulaire volé au bouddhisme décrivant l’état permettant d’assister aux « confidences » du maître auxquelles seule une petite dizaine de semi-résidents de la Maison avait droit une fois par semaine, dans la nuit du vendredi au samedi. Il me fallait trouver un moyen d’accélérer le processus d’intégration car j’avais envie de me mettre au travail d’écriture, une vraie torture à laquelle de rares moments de grâce me faisaient échapper chaque fois que je devais pondre un scénario pour gagner ma vie. C’est alors que le miracle se produisit.

Voilà donc la restitution approximative d’un dialogue avec Fombeur tellement peu vraisemblable que je n’ai pu l’inventer, je n’aurai aucun mal à vous en convaincre.

Fombeur : - Dis-moi Michel (j’aurais bien aimé me faire passer pour « le narrateur » jusqu’au bout de ce récit, c’est plus chic, mais Michel est mon prénom et je n’avais pas eu jusqu’à présent de raison de vous en informer), as-tu déjà réfléchi à l’usage que tu fais des majuscules quand tu écris quelque chose ?

Moi (Michel donc) : - Euh, non, essentiellement en début de phrase et pour les noms propres comme tout le monde.

Fombeur : - Jamais pour insister sur un mot ?

Moi (emmerdé car je ne savais quelle réponse lui plairait) : - Oui, ça arrive, mais pas trop souvent, quand j’en ressens le besoin, quoi.

Fombeur : - C’est bien, vois-tu, de ne pas en abuser, je déteste cette invasion de la langue écrite par la majuscule, tous les mots doivent être égaux, plus un propos est faible, plus on y met de majuscules, c’est comme pour les grades dans les armées.

Moi : - Oui, oui, c’est vrai.

Fombeur : - Observe que les mathématiques évitent les majuscules.

Je pris alors un air d’autant plus idiot que je n’en savais rien.

Fombeur : - Tu m’as dit que tu as été une sorte d’écrivain, de poète.

Moi (je n’avais jamais parlé de poète mais de scénariste, il se foutait de moi, je n’en doutais plus) : - Enfin, pas vraiment poète …

Fombeur : - Figure-toi que j’ai besoin que quelqu’un rapporte mes propos.

Moi (je n’osais y croire, il fallait continuer à jouer au crétin) : - Comment ça ?

Fombeur : - Tu seras mon scribe, mon ombre portée littéraire en quelque sorte, si tu l’acceptes.

Moi : - Ce ne sera pas de la poésie ?

Fombeur : - Tu seras concis et énigmatique. Les gens aiment les paroles rapportées quand elles contiennent une part de mystère qu’ils peuvent s’approprier. C’est leur participation à ce qui leur est dit. Si Jésus avait été enregistré, les évangiles n’auraient pas eu la même audience, tu ne crois pas ?

Moi : - Euh …

Fombeur : - Tu seras donc présent à mes côtés demain soir.

Moi (à vous) : - Quant à vous, camarades lecteurs, vous me retrouverez la semaine prochaine, ou plus tard si ma fantaisie en décide ainsi et si vous souhaitez accéder aux très étranges pensées de Gabriel de Fombeur …

Mardi 31 Mai 2011
Serge Federbusch





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